Le nucléaire Rêve d’une Réaction en chaîne sur Terre

Le rapport annuel 2019 de Mycle Schneider est une somme d’infos sur la situation du nucléaire civil dans le monde. Il permet d’avoir une vision globale de l’exploitation de centrales nucléaires, de l’évolution du secteur. Nous aborderons dans ce billet les autres ‘petits’ producteurs nationaux du nucléaire, existants ou en devenir.

source : Forum nucléaire Suisse

(Dans cette série spéciale, les indicateurs mondiaux et points relevés dans les articles dédiés sont tous tirés du rapport WNISR 2019)

Le petit monde nucléaire

 

Le nombre total de réacteurs définitivement fermés est maintenant de 94 unités dans l’UE28, cette dernière exploitant 126 réacteurs, soit environ un tiers du total mondial (49 de moins que le nombre historique de réacteurs de l’UE), le monde comptant 449 réacteurs en fonctionnement. Pour compenser ces fermetures, il faut que le secteur ouvre autant de tranches. Pour en augmenter la proportion dans la production d’électricité, il faut en construire plus encore. Voilà la difficulté à laquelle se frotte l’AIEA en tant qu’ « organisme promoteur des usages pacifiques du nucléaire » et les industriels spécialisés.

Il a été confirmé que 2018, comme d’autres années antérieures, aura été une année mitigée (euphémisme ?) pour le développement de nouveaux programmes d’énergie nucléaire. Heureusement pour les industriels, le nucléaire ne se résume pas aux dix premiers de cordée ; ils sont complétés par une vingtaine d’autres pays, prétendant par leurs programmes plus ou moins étendus soutenir le secteur en perte de vitesse. Outre le Bangladesh, la Biélorussie, les Emirats Arabes Unis (EAU) et la Turquie qui ont déjà lancé la construction de leurs premières centrales, il y aurait selon les pronucléaires toute une série de pays en cours de réflexion concernant leur entrée dans le club nucléarisé. 130 centrales nucléaires seraient en phase d’étude ou d’autorisation de par le monde ? Nous verrons que cela est loin d’être le cas.

Car rien n’est plus simple, et pas seulement technologiquement. Les causes de cette décroissance sont également liées aux retards conséquents et abandons.  Dans les Emirats Arabes Unis, des problèmes croissants de construction et de personnel se font jour, entraînant d’autant de nouveaux retards et des coûts encore plus élevés. De tous les autres petits pays nucléarisés, c’est l’Égypte qui a les plans les plus à même de se concrétiser.  L’Arabie saoudite semble avoir fait un pas important au cours de l’année écoulée, mais des considérations géopolitiques pourraient entraver sa nucléarisation effective.

De manière plus ciblée, l’Union Européenne (UE28) n’a pas connu d’activité significative de construction nucléaire depuis les années 1990, avant Olkiluoto-3 (2005 en Finlande) et Flamanville-3 (2007 en France). Seule la première unité de Hinkley Point C-1 (2018 en Grande Bretagne) est à véritablement retenir. Tous ces projets européens sont des réacteurs à eau pressurisée (EPR) et tous ont de nombreuses années de retard sur leur calendrier initial et des milliards d’euros de dépassement de budget. Pour souligner la décélération du nucléaire civil, nous pouvons également préciser que seules cinq tranches ont été connectées au réseau au cours des 20 dernières années, quatre en Europe de l’Est (deux en République tchèque, un en Roumanie et un en Slovaquie) et un en France.

La grande majorité des installations en exploitation (107 unités, soit plus de 80 % de la capacité nucléaire) est située dans huit des pays occidentaux (UE15), et seuls 19 sont dans les six nouveaux États membres dotés de l’énergie nucléaire. La répartition par âge montre que plus de 82 % (104 sur 126) des réacteurs nucléaires en exploitation dans l’UE28 sont actuellement en service pour une durée de 31 ans et plus. Les premiers de cordée ont déjà été abordés, ne seront donc détaillés ici que les programmes nucléaires de pays classés secondairement dans le classement.

Nous soulignerons dans cet article que la vente de nouveaux réacteurs n’est pas chose aisée, compte tenu des coûts faramineux en balance. Mais aussi que de la concurrence qui fait rage entre de nombreux premiers de cordée pour fournir leurs propres technologies, la Russie reste indubitablement le principal exportateur. Cette dernière joue en effet son va-tout par une promotion active et acharnée de montages financiers aux conditions très favorables et de services de livraison de combustibles attrayants pour de nombreux petits pays. Plus que pour le cas chinois, l’avenir dira sans doute si la Russie, dont les finances publiques sont en graves difficultés, pouvait véritablement se le permettre ?

Quels pays émergents ?

 

L’énergie nucléaire continue d’être, bon an mal an, lentement déployée ou développée dans un certain nombre de pays. Selon l’Association nucléaire mondiale (WNA), il y a 30 pays dans lequel l’énergie nucléaire est envisagée, planifiée ou construite pour la première fois, avec 20 autres pays qui ont “à un moment donné” exprimé un intérêt pour le développement du nucléaire. Ce qui est bien large mais permet de se rassurer sur l’avenir de la filière… Le WNA classe en outre les pays dans lesquels l’énergie nucléaire est prévue en cinq groupes distincts :

  • réacteurs de puissance en construction : Bangladesh, Belarus, Turquie et Arabie Saoudite
  • contrats signés, infrastructure juridique et réglementaire bien développée ou en cours de développement : Lituanie, Pologne et Vietnam
  • plans engagés, infrastructure juridique et réglementaire en développement : Égypte et Jordanie
  • plans bien développés mais engagement en attente : Kazakhstan, Indonésie, Thaïlande, Arabie Saoudite, Ouzbékistan ; ou engagement bloqué comme en Italie
  • élaboration de plans : Israël, Nigeria, Kenya, Laos, Malaisie, Maroc, Algérie

Bangladesh

 

Le 30 novembre 2017, le Bangladesh a officiellement commencé la construction de la première unité de Rooppur. La mise en fonction de l’unité 1 devrait intervenir en 2023, suivie de l’unité 2 en 2024.

L’idée de construire des centrales nucléaires à Rooppur remonte carrément à un programme de 1963 de la Commission de l’énergie atomique du Pakistan (PAEC) visant à construire un réacteur dans le Pakistan occidental et dans le Pakistan oriental (ancien nom du Bangladesh avant son indépendance).

Selon cet accord mis à jour, la Russie fournirait 90 % des fonds à crédit. Dans ce contrat, le gouvernement du Bangladesh s’engage à fournir tout le combustible usé pendant la durée de vie du réacteur à la Russie. Ce qui n’est pas sans augmenter les stocks de plutonium que cette dernière serait à même de tirés de ces déchets.

Outre les considérations géopolitiques sous-jacentes à un tel accord, le projet suscite une inquiétude quant à son impact sur l’utilisation de l’eau. Des préoccupations ont également été exprimées concernant le manque de préparation des planifications d’urgence et d’éventuels actes terroristes contre l’installation, ce qui n’est pas rien dans cette zone. D’autres ont souligné l’inadéquation du site, sujet à des inondations, tremblements de terre, températures élevées de l’eau qui pourraient affecter le refroidissement du cœur des réacteurs.

Biélorussie

 

La construction du premier réacteur nucléaire biélorusse a débuté en novembre 2013. La construction d’un deuxième réacteur a débuté en juin 2014. En novembre 2011, les gouvernements russe et bélarusse ont convenu que la Russie prêterait jusqu’à 10 milliards de dollars américains sur 25 ans pour financer 90 % du contrat. Le combustible devra être retraité en Russie et les déchets séparés seront renvoyés en Biélorussie.

Turquie

 

En Turquie, trois projets distincts sont ou ont été développés au cours des dernières décennies avec trois conceptions de réacteur différentes et trois régimes de financement différents. Malgré cela, en avril 2018, la construction n’a officiellement commencé que sur le premier de ces projets, Akkuyu, sur la côte méditerranéenne. Cette centrale électrique doit être mise en œuvre par Rosatom, le gros consortium russe nucléaire.

Les intérêts politiques y sont là-bas d’importance. Si bien qu’en juillet 2017, le Parlement européen a adopté une résolution demandant au gouvernement turc d’interrompre les plans de construction du projet Akkuyu en raison de sa localisation dans une région exposée à de graves tremblements de terre et a demandé “au gouvernement turc d’impliquer, ou du moins de consulter, les gouvernements des pays voisins, tels que la Grèce et Chypre”. En mai 2019, la construction avait été “retardée” en raison de la découverte de fissures dans les fondations. Les quatre unités devraient être opérationnelles d’ici 2025.

Deuxième projet : Sinop, sur la côte nord de la Turquie. Ce site devait accueillir une centrale électrique de quatre tranches. Mais les problèmes financiers du nouveau groupe Framatome affectent sa capacité à investir davantage dans ce projet (suite au retrait de l’autre actionnaire du projet Sinop, le japonais Mitsubishi). En outre, des inquiétudes subsistent quant à l’adéquation du site compte tenu de ses conditions sismiques.

Enfin, en octobre 2015, le gouvernement turc visait à construire une troisième centrale électrique nucléaire sur le site İğneada. Un des constructeurs probables aurait dû être Westinghouse, mais son effondrement financier aura eu raison du projet.

Émirats Arabes Unis

 

Aux EAU, la construction du projet nucléaire (quatre unités) de Barakah est en cours, un partenariat dans lequel EDF intervient. Mais des problèmes de qualification de la main d’œuvre et un certain nombre d’accidents graves (entraînant la mort de travailleurs) auront eu raison du calendrier.

Des problèmes de confection du béton ont aussi été relevés, ‘sans risque pour la sécurité’, des trous pourtant assez grands pour y faire passer un petit enfant. Des fissures ont également été trouvées dans un des bâtiments de confinement, non sans conséquence sur les émissions potentiellement radioactives s’échappant en cas d’accident. Mais la centrale vient d’être autorisée à l’exploitation après les mises aux normes de vigueur et des réparations.

Lituanie

 

Une construction a été annulée à la suite d’un vote référendaire négatif en 2012. Depuis, le pays reste non nucléarisé.

Pologne

 

Aucun contrat pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire n’a été effectué après la construction du projet Zarnowiec de conception soviétique et achevé en 1989. La Pologne avait planifié le développement d’une série de centrales nucléaires dans les années 1980 et avait commencé la construction de deux réacteurs et d’autres projets, mais tout a été interrompu à la suite de l’accident de Tchernobyl.

En janvier 2014, le gouvernement polonais a adopté un document intitulé “Programme d’énergie nucléaire polonais“, comprenant des propositions visant à construire des centrales nucléaires dont le premier réacteur devrait être mis en service d’ici 2024.

Pour mener à bien ce programme, tout à son droit de décider des répartitions de chaque énergie dans leur bouquet énergétique et de choisir les technologies les plus appropriées, la Pologne a signé avec la France une coopération relative aux industries et énergies ‘décarbonées’, y compris l’énergie nucléaire.

Vietnam

 

Le premier réacteur nucléaire avait été programmé pour une mise en service en cette année 2020, via un accord intergouvernemental avec une société russe. A cette fin, la construction devait commencer en 2014, mais de nombreux retards se sont produits. Si bien que la “première centrale nucléaire serait mise en service en 2028”. Mais dans le même temps, une révision du “plan directeur national de l’énergie” a prévu finalement une diminution du rôle de l’énergie nucléaire de 10,1 % à 5,7 % d’ici 2030 pour en assurer sa sortie nucléaire à terme.

Égypte

 

En Égypte, dès le milieu des années 1970, des plans ont été élaborés pour construire 10 réacteurs avant la fin du siècle. Ce n’est qu’en 2015 qu’un accord intergouvernemental (incluant la fourniture de combustible nucléaire pendant 60 ans, l’exploitation et la maintenance pendant les 10 premières années de fonctionnement, l’exploitation et la formation du personnel) a été signé pour la construction de quatre réacteurs à Dabaa, (130 km au nord-ouest du Caire). La Russie devant fournir jusqu’à 90 % de cette somme d’un projet de 70 à 80 ans, pour un coût total estimé 60 milliards de dollars, dont 30 milliards pour la construction du réacteur.

Jordanie

 

Le pays souhaite de longue date l’acquisition d’une centrale nucléaire. En septembre 2014, la commission jordanienne de l’énergie atomique et Rosatom (encore eux) ont signé un accord-cadre visant le développement d’un projet dont les réacteurs seraient achevés d’ici 2024. Mais la Jordanie a abandonné le partenariat et semble finalement se concentrer sur les petits réacteurs modulaires (les fameux SMR dont nous vous reparlerons), plus pertinents financièrement selon le gouvernement.

Indonésie

 

Depuis le milieu des années 1970, décidément une décennie phare dans le programme nucléaire civil de part le monde, l’Indonésie a discuté et présenté des plans pour développer son propre nucléaire civil. Finalement, en décembre 2015, le gouvernement indonésien a mis fin à tous les projets nucléaires, même à plus long terme. Là-bas aussi, le développement et la conception d’un petit réacteur modulaire domestique sont favorisés.

Kazakhstan

 

Le Kazakhstan est le premier producteur mondial d’uranium, avec environ 40 % de la production totale, ce qui le rend très attractif et lui vaut de beaux éloges teintés de realpolitik. Ce pays a exploité un petit surgénérateur à Aktau, entre 1972 et 1999. Un certain nombre de pays, dont la Russie, le Japon, la Corée du Sud et la Chine, y ont signé une coopération pour le développement de l’énergie nucléaire. Le président autocrate Nazarbayev avait eu le temps de souligner la nécessité de développer l’énergie nucléaire durant son règne, ouvrant des négociations avec le joint-venture Toshiba-Westinghouse et le russe Rosatom (tiens ?). Dernièrement, la Russie a confirmé son aide à la construction d’une centrale nucléaire à Ulken.

Arabie Saoudite

 

Cela fait quelques années déjà que le Royaume d’Arabie saoudite aurait dû commencer à construire son premier réacteur nucléaire. Des projets pharaoniques de construction de 16 réacteurs nucléaires au cours des 20 prochaines années, pour un coût de plus de 300 milliards de riyals (80 milliards de dollars US) restent d’actualité, ce qui parait bien optimiste si l’on se réfère aux tendances et projections de ces dernières années. Des accords de coopération ont été signés avec la France, la Russie, la Chine et la Corée du Sud à cette fin. Le gouvernement prévoit toujours de construire deux réacteurs au cours de la décennie à venir, puis d’étendre le programme une fois qu’ils seront en service. Mais cela semble moins simple que prévu et très suivi par l’AIEA : car, parallèlement, les instances gouvernementales veulent s’assurer de l’obligation faite à l’Arabie Saoudite de renoncer au retraitement et/ou au traitement, le contexte régional dans lequel l’acquisition par l’Iran d’une bombe nucléaire n’étant pas sans incidence diplomatique.

Thaïlande

 

Leur objectif de production nucléaire sur la période 2020/2028 ne sera pas atteint pour un certain nombre de raisons, notamment une opposition locale importante sur les sites proposés.

Ouzbékistan

 

L’Ouzbékistan a annoncé son intention de développer l’énergie nucléaire avec l’aide de…

Devinez…

La Russie donc, qui financerait sous forme de prêt des projets sous les 18 prochains mois répartis en trois sites.

Afrique du Sud

 

L’Afrique du Sud exploite deux réacteurs français (Framatome) qui fournissent 6,7 % de son l’électricité. Fait notable : la centrale de Koeberg est l’unique centrale nucléaire sur le continent africain. Ses réacteurs, vieux des années  1984 et 1985, sont de plus en plus confrontés à des problèmes de vieillissement. Autorisés à fonctionner pendant 40 ans, une série de travaux de remplacement et de modernisation est en cours (remplacement de générateurs de vapeur par exemple). Des accords de coopération nucléaire ont été signés avec la Russie, la Corée du Sud et les États-Unis, finalement annulés par le tribunal à cause d’absence de consultation publique, ce qui n’est pas sans interloquer comparativement au programme nucléaire imposé en France

La mise en service de nouvelles centrales nucléaires serait, selon un scénario de base, finalement prévu pour 2037.

Argentine

 

L’Argentine possède trois réacteurs nucléaires. En 2018, les unités en exploitation ont fourni 4,7 % de l’électricité du pays. Les centrales nucléaires en exploitation ont été fournies par des constructeurs étrangers : Atucha-1 (1974) et Atucha-2 (1979 mais connecté en 2014) par Siemens, et l’atypique Candu (1983 ; il fonctionne à l’uranium naturel non enrichi) par l’Énergie atomique du Canada Limited (EACL). Atucha-1 a été autorisé de fonctionner jusqu’en 2024 pour 50 ans.

Au cours de la dernière décennie, des discussions ont eu lieu sur la construction d’un quatrième réacteur. Pour cela, l’Argentine et la Chine ont ratifié un accord pour construire un nouveau réacteur de type Candu sur le site d’Atucha pour 5,8 milliards de dollars américains.

En mai 2017, un accord de coopération a été signé entre l’UE, l’Argentine et la Chine, dans le cadre duquel la Chine contribuerait à la construction et au financement principal de la construction des deux réacteurs.

Brésil

 

Le Brésil exploite deux réacteurs nucléaires qui ont fourni au pays 2,7 % de l’électricité en 2018. La construction d’un troisième réacteur a été suspendue à la fin de 2015.

Le premier contrat pour la construction d’une centrale nucléaire, Angra-1, a été attribué à Westinghouse en 1970. Angra-2 a été achevé et connecté au réseau en juillet 2000, 24 ans après le début de sa construction. Les travaux préparatoires pour la construction d’Angra-3 ont commencé en 1984, ont été abandonnés (vendue par Areva NP et Siemens). Ce réacteur repose pourtant sur une technologie obsolète (réacteur de deuxième génération du début des années 1980 qui n’est d’ailleurs plus été autorisé à la construction en Europe, les composants n’étant même plus fabriqués et stockés) et son programme a été émaillé d’un énorme scandale de corruption. L’entreprise commune Atmea SAS (EDF, Rosatom et Mitsubishi Heavy Industries) est en train de proposer une offre pour construire et surtout financer le projet afin de le mener à terme. Si bien que le gouvernement a déclaré en 2019 qu’il s’engageait à achever Angra-3d’ici 2026, malgré la population marquée par les contaminations radioactives de Goiânia et les fuites radioactives à répétition de Angra-1.

Canada

 

Le Canada possède 19 réacteurs Candu (dont 18 dans la province de l’Ontario), une technologie qui est spécifique à ce pays compte tenu de l’utilisation privilégiée d’uranium naturel dont le sol abonde sur ce territoire. Cela représente 14,87 % de l’électricité totale du Canada.

Le déclin de l’énergie nucléaire pourrait y être rapide car certains des plus anciens réacteurs sont en cours de rénovation dans le but de les maintenir opérationnels. Les agences gouvernementales canadiennes continuent à promouvoir les petits réacteurs modulaires (SMR).

Mexique

 

Au Mexique, deux réacteurs de General Electric (GE), connectés au réseau en 1989 et en 1994, fournissent 5,3 % de l’électricité. Le gouvernement souhaite une prolongation de vie de 30 ans à 60 ans au total.

Inde

 

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) classe l’Inde dans la catégorie des 22 pays producteurs d’énergie nucléaire. La part du nucléaire y était de 3,1 % en 2018.

De nouvelles capacités sont en construction. Russes en l’occurrence sur le site de Kudankulam (depuis octobre 2017), à Kakrapar (depuis novembre 2010) et au Rajasthan (depuis septembre 2011), et un prototype de réacteur à neutrons rapides (débuté en octobre 2004). Tous les projets commencés sont retardés.

Les prochains réacteurs à eau haute pression seront construits sur le site de Gorakhpur, via la France, sur le site de Jaitapur où pourraient être élevés six EPR à terme.

Iran

 

L’Iran possède une seule centrale nucléaire en activité (Bushehr-1) qui a produit 2,1 % de l’électricité totale en 2018. Une deuxième unité a été validée en 2017 mais les bétons n’ont toujours pas été coulés. Le plan gouvernemental est en effet remis en cause depuis les dernières sanctions imposées par les États-Unis sous la présidence Trump.

L’histoire nucléaire iranienne est particulière. Elle est issue d’innombrables ingérences étrangères compte tenu de la volonté des puissances extérieures de contrôler les ressources du pays. Le nucléaire est un sujet de discorde depuis la révolution iranienne de 1979 même. Les intérêts géopolitiques se cristallisent autour des intérêts pétroliers et de l’objectif d’accords fifty/fifty qui cherchent à répartir équitablement les profits du pétrole entre l’Iran et les compagnies étrangères. A cette fin, la CIA et divers services ont menées des actions secrètes afin de mater le régime (opération Ajax, …). Dans la lignée du programme Atoms for peace, le Teheran Nuclear Research Center est créé à Washington en 1959 pour développer les échanges entre les Etats-Unis et l’Iran (machines, savoirs et matière fissile contre pétrodollars). Les centrales Westinghouse sont vendues via Framatome, entreprise française et le gouvernement Giscard/Chirac signe l’accord Eurodif (consistant en l’enrichissement de l’uranium via cette entreprise détenue à 25% alors par une société franco-iranienne). La livraison des centrales est prévue pour 1981. Avec l’idée finale en Iran de posséder une bombe nucléaire comme il est de coutume à cette époque de chercher à entrer dans le club fermé de la dissuasion nucléaire… Parallèlement, la France signe un contrat de même ordre avec l’Irak : elle s’engage donc, à travers des accords militaires déguisés en accords civils, à fournir à terme des armes nucléaires à deux puissances belligérantes, alliées respectivement qui aux américains, qui aux soviétiques, en pleine Guerre froide. Mais la guerre Irak/Iran rompt finalement certains engagements ; et si l’Iran veut poursuivre son programme nucléaire afin d’être au niveau de ses voisins nouvellement armés (Inde, Pakistan de notoriété publique et Israël bien officieusement), c’est contre la volonté de la France, la France restant sous la menace même de devoir rendre l’argent iranien ayant servi à construire l’usine Eurodif du Tricastin (Drome) indispensable à sa propre hégémonie nationale. Vous suivez la géopolitique en trois bandes ?

Ces chantages et tergiversations diplomatiques vont engendrer des phases terroristes sur le territoire métropolitain (cinéma Rivoli, des galeries Lafayette…) et des enlèvements (fonctionnaires, journalistes et universitaires). Le programme nucléaire est finalement gelé en 2006 suite à des menaces et sanctions financières (embargos…). Le dialogue reprendra sous Obama et l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien est signé en 2015 : le programme nucléaire iranien passe alors sous la surveillance étroite de l’AIEA afin de faire lever les embargos financier et bancaire et autoriser l’exportation de pétrole. Un accord démantelé par Trump en 2018 dans un souci diplomatique et de realpolitik vis-à-vis de l’Arabie Saoudite (en affaiblissant l’Iran, les Etats-Unis veulent aider l’Arabie Saoudite via le programme Atoms for peace à se doter de nucléaire civil via la construction de 16 réacteurs, projet vieux de 2009 soutenu par une aide américaine et les russes de Rosatom).

C’est la mise en service du réacteur de Bushehr qui maintiendra à 31 le nombre des États un tant soit peu électronucléarisés.

Pakistan

 

Le Pakistan exploite cinq réacteurs nucléaires contribuant pour 6,8 % de l’ensemble de l’électricité produite. La quatrième unité à Chashma a été connecté au réseau en juillet 2017. La construction de deux réacteurs Hualong One s’est poursuivie près de Karachi en 2015 et 2016 et a été financée par des prêts de la Chine.

Les Pays-Bas

 

Les Pays-Bas exploitent un seul réacteur à eau pressurisée vieux de 46 ans produisant moins de 3% de son électricité nationale. Un accord permettant la prolongation de son exploitation a été confirmé jusqu’en 2033. En janvier 2012, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire à Borssele  a été reportée, à cause d’une baisse des revenus et d’une augmentation des coûts de production. Le scénario étudié le plus économique serait d’ailleurs la fermeture immédiate du réacteur et son démantèlement (évalué à 600 millions d’euros), soit trois ans avant la fermeture prévue pour 2033.

En octobre 2018, le gouvernement néerlandais a été jugé en infraction avec la convention d’Aarhus lorsqu’il n’a pas mené de consultation publique sur la prolongation de la durée de vie du réacteur de Borssele. Cette convention est un accord international signé en 1985 sur l’environnement qui traite de l’accès à l’information et de la participation active du public. Cette convention imposait au gouvernement néerlandais de mener une enquête environnementale sur les études d’impact impliquant les parties prenantes aux Pays-Bas, mais aussi dans les pays voisins. Voilà un traité dont nous reparlerons, puisque la France, signataire, s’en trouve obligée.

Si dans un premier temps, les options envisagées étaient une nouvelle extension de Borssele, la construction d’une nouvelle centrale ou la réalisation de nouvelles centrales nucléaires, les programmes ont été rejetés : les arguments économiques ont été jugés ‘peu attrayants’ et ‘le coût de l’énergie nucléaire [d’apparaître] deux à trois fois plus élevé’ que prévu.

Espagne

 

L’Espagne exploite désormais sept réacteurs puisque la décision de fermer le réacteur Garoña, vieux de 47 ans, s’est imposée une fois son renouvellement de la licence refusé. Cela représente 20,4 % de l’électricité du pays. Les réacteurs espagnols ont un âge moyen d’exploitation de 34,4 ans.

Une élimination progressive du nucléaire sur une période de quatre ans devrait se dérouler dès 2024. Tous les réacteurs espagnols seraient fermés finalement d’ici 2035 après quelques prolongations consenties au-delà de 40 ans de durée de vie. Mais certaines questions de sûreté restent non résolues et le manque de fonds en faveur des démantèlements devient un problème majeur.

Suède

 

Le parc électronucléaire suédois, composé de huit réacteurs, produit pour 40,3 % de la production nationale. Certains travaux ont été entrepris en vue de réparer le “revêtement corrodé de l’enceinte de confinement du réacteur”. La Suède avait décidé, lors d’un référendum en 1980, d’éliminer progressivement l’énergie nucléaire d’ici 2010, échéance abandonnée. Le premier réacteur (Barsebäck-1) a été fermé en 1999 et le second (Barsebäck-2) en 2005. Finalement, c’est la totalité de la législation sur l’élimination progressive qui a été abandonnée après un vote parlementaire. Si bien qu’une nouvelle tranche pourrait à nouveau être construite. La construction de nouveaux réacteurs ne se fera que sous condition de remplacer les réacteurs existants et sans subventions directe ou indirecte. Actuellement, six des réacteurs suédois sont prévus pour une exploitation de 60 ans (jusque dans les années 2040).

En décembre 2016, l’Oskarshamn-2, âgé de 40 ans, a été officiellement fermé, puis Oskarshamn-1 en 2017 après 46 ans.

Danemark

 

En 1985, le gouvernement a pris définitivement position contre l’énergie nucléaire. Par contre, les danois ont le record d’émission de gaz carbonique, parce qu’ils utilisent beaucoup de charbon et fioul. Mais ils essaient de développer l’énergie éolienne et arrivent en tête dans le développement des énergies renouvelables.

Suisse

 

La Suisse est le seul pays d’Europe occidentale non membre de l’UE à produire de l’énergie nucléaire. La production nucléaire a été de 37,7 % de l’électricité du pays. Elle exploite donc le parc nucléaire le plus ancien (Beznau-1 a 50 ans), dont l’âge moyen est de 44,2 ans.

Aucune date de fermeture pour les centrales nucléaires n’est actée, les réacteurs existants devant être maintenus en fonctionnement “tant qu’ils restent sûrs”. Dans le même temps, aucune construction nouvelle n’est possible.

Italie

 

Après Tchernobyl, les 4 réacteurs en fonction furent fermés. L’abandon définitif du nucléaire fut prononcé en 1988 après référendum.

Bulgarie

 

En Bulgarie, l’énergie nucléaire a fourni 34,7 % de son électricité. Il n’y a plus que deux réacteurs en service (quatre ont été fermés car considérés comme insuffisamment modernisables). Des programmes de mise à niveau et d’extension des tranches Kozloduy-5 et 6 ont été lancés en 2015 afin de les prolonger tout de même.

Le gouvernement bulgare s’est tourné, comme bien d’autres pays, vers des sources de financement chinoises (via la Commercial Bank of China) pour financer la construction d’un nouveau réacteur à Belene.

République tchèque

 

La République tchèque dispose de six réacteurs de conception russe en exploitation (Dukovany et Temelín). Des prolongations ont à nouveau été autorisées malgré la pression de l’UE de limiter la durée de vie des réacteurs à 40 ans (la convention d’Aarhus étant encore érigée).

En 2004, les plans du gouvernement ont proposé la construction d’au moins deux réacteurs supplémentaires, mais l’exécutif s’est heurté à une série de tentatives infructueuses d’appel d’offres, malgré l’intérêt de Westinghouse, Rosatom, EDF, Areva-Mitsubishi entre autres. De nouveaux appels d’offres en 2020 ou 2021 pourraient permettre une construction de nouveaux réacteurs en 2029, pour un coût d’environ 100 milliards d’euros.

Hongrie

 

La Hongrie possède une seule centrale nucléaire (pour une part de 50,6 % tout de même). Les réacteurs sont entrés en service en 1982-1987 et ont fait l’objet de travaux d’ingénierie pour permettre leur exploitation pendant une période pouvant aller jusqu’à 50 ans (leur licence initiale n’était originellement que de 30 ans). En 2014, le projet Paks II a été attribué à Rosatom (la Russie finançant 100 % des 12 milliards d’euros). Mais encore une fois, comme pour le projet Hinkley Point en Grande-Bretagne, il apparait que les prix de l’électricité projetés (de l’ordre de 65 €/MWh) sont peu réalistes et remettent en cause le montage financier et l’équilibre du projet.

Aussi, ‘les risques sismiques du site ont été sous-estimés’ voire sont carrément apparus non conformes aux recommandations de l’AIEA en matière de sûreté (une faille tectonique et des traces d’activités sismiques au cours des 10 000 dernières années ont été trouvées dans la zone environnante).

Roumanie

 

La Roumanie possède une centrale nucléaire à Cernavoda, (deux réacteurs Candu de conception canadienne) en service en 2016 et 2017, fournissant 17,2 % de l’électricité du pays.

Slovaquie

 

En Slovaquie, deux sites nucléaires abritent deux unités VVER (REP de conception russe) chacun. 55 % de l’électricité du pays y sont produits, dépassant l’Ukraine et prenant la deuxième place en termes de part du nucléaire dans le mix derrière la France.

En février 2007, la construction de Mochovce-3 et 4 était programmée mais subissait un nouveau retard considérable en 2017, occasionnant des surcoûts (de 2,8 milliards d’euros à 5,4 milliards d’euros). Un scandale de corruption a été révélé, ayant des répercussions sur le calendrier de construction.

Outre les retards et les dépassements de coûts, des inquiétudes ont été exprimées quant à l’état du marché de l’électricité, les prix de l’électricité étant actuellement bas (30 €/MWh), et obérant de l’équilibre des investissements.

Slovénie et Croatie

 

La Slovénie possède la centrale nucléaire de Krško conjointement avec la Croatie (35,9 % de la production d’électricité de la Slovénie). Le réacteur a été mis en service en 1981 avec une durée de vie initiale de 40 ans. En juillet 2015, sa prolongation de durée de vie opérationnelle a été acceptée à 60 ans (jusqu’en 2043). Sont prévus des améliorations de la sécurité et le remplacement des équipements obsolètes.

Arménie

 

L’Arménie dispose d’un dernier réacteur dans la centrale nucléaire de Metsamor (centrale qui possédait deux réacteurs). Son état est tellement préoccupant que ce réacteur est appelé selon de nombreux spécialistes à être le prochain Tchernobyl (vous savez quoi ? Nous y reviendrons).

Mise en service en janvier 1980, ces deux VVER de première génération (de conception soviétique donc) ont subi en décembre 1988 un important tremblement de terre (qui aura tué près de 25 000 personnes et conduit à la fermeture rapide de ses deux réacteurs en mars 1989). Le réacteur Metsamor-2 a été rouvert en 1993 pour faire face à d’importantes pénuries d’électricité, son exploitation étant actée jusqu’en 2026. Mais ce réacteur en sursis doit faire preuve de démonstrations de sécurité annuelles depuis 2016 ; c’est dire l’état inquiétant de la tranche ! Tant et tellement d’ailleurs que la Commission européenne, inquiète de l’état du réacteur, a publié des recommandations pour “la fermeture et le démantèlement de la centrale nucléaire et l’adoption rapide d’un plan d’action” en 2017, et que l’AIEA en 2018 a entrepris une mission d’examen opérationnel à long terme des aspects de sécurité (ce rapport de l’AEIA reste non publié encore à ce jour…).

C’est bien simple : selon le gouvernement arménien, il est impossible d’arrêter la centrale nucléaire sans lancer une installation alternative. Metsamor va donc fonctionner aussi longtemps que possible. Des problèmes de financement empêche la construction d’un réacteur de remplacement. Et une solution via des petits réacteurs (SMR) est à l’étude.

Russie

 

En 2018, forte de 36 réacteurs en exploitation, l’énergie nucléaire a contribué à hauteur de 17,9 % à la production d’électricité du pays. Rosatom, la grande structure nucléaire russe, espère augmenter encore sa production dans les années à venir sur le territoire national. Malgré cela, la Russie ne fait pas partie des premiers de cordée.

En mars 2018, la Russie a innové en procédant au chargement du combustible d’une centrale nucléaire flottante à deux réacteurs. Les “réacteurs flottants” (Akademik Lomonosov-1 et 2) font l’objet de critiques en raison du risque d’accidents fortement augmenté, ces structures étant encore plus sensibles aux éléments naturels, soumis à des menaces de piraterie, et seraient source de prolifération des matières nucléaires.

Trois grands réacteurs restent en construction (Leningrad 2-2 ainsi que Koursk 2-1 et 2-2) depuis respectivement avril 2010, avril 2018 et avril 2019. En août 2016, un décret du gouvernement a demandé la construction de 11 réacteurs supplémentaires en 2030, dont deux nouveaux réacteurs à neutrons rapides. Cependant, au début de 2017, le gouvernement mettait fin au soutien de l’État à la construction de nouvelles unités nucléaires en 2020, tout nouveau réacteur devant dorénavant être financé principalement par le biais de projets commerciaux privés.

Nous l’avons vu, la Russie est un exportateur agressif d’énergie nucléaire. Son bras armé est Rosatom : 36 projets seraient en cours, notamment au Bangladesh (2 réacteurs à Rooppur), au Belarus (2 réacteurs à Ostrovets), en Chine (quatre réacteurs, deux unités à Tianwan et deux dans la province du Liaoning), en Égypte (quatre réacteurs à El Dabaa), en Finlande (1 réacteur à Hanhikivi), en Hongrie (2 réacteurs à Paks), en Inde (4 réacteurs à Kudankulam), en Turquie (4 réacteurs à Akkuyu). Mais au début de 2019, il n’y avait que sept des réacteurs véritablement en construction. Rosatom est de fait le plus grand exportateur nucléaire mondial. L’effort d’exportation de la Russie dans un marché somme toute de niche est motivé par l’accès promis à un financement attrayant qui accompagne les accords.

Ukraine

 

L’Ukraine, fameusement connue depuis 1986…, possède 15 réacteurs en exploitation (53 % de la production d’électricité). Douze de ces 15 réacteurs ont été achevés à la fin des années 1970 et dans les années 1980 et ont été dotés d’une durée de vie de trente ans. L’Ukraine a mis en œuvre un programme d’amélioration de la sécurité pour tous ses réacteurs. L’exploitant nucléaire a proposé d’étendre la durée de vie de certains des réacteurs pendant encore 20 ans. De nombreux défauts des tubes d’échange de chaleur dans les générateurs de vapeur font douter de la viabilité des prolongations envisagées.

Deux réacteurs (Khmelnitsky-3 et 4) sont officiellement en construction, alors que les premiers bétons ont été coulés en 1986 et 1987 mais les constructions arrêtées en 1990. En août 2017, le gouvernement a adopté une stratégie énergétique qui vise à maintenir le nucléaire à un taux de 50 % dans son mix énergétique jusqu’en 2035.

 

En résumé, les premiers de cordées ne sont plus de véritables moteurs pour la production nucléaire en leur propre pays ; les exportations se multiplient au prix de montages financiers fragiles et coûteux ; les constructions s’éternisent ; les malfaçons se révèlent ; les améliorations des parcs existants sont difficiles sur des réacteurs vieillissants… L’avenir n’est pas plus radieux dans les petits pays nucléarisés.

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