Le Déni du Niger

Depuis quelques années déjà, en matière de nucléaire, l’indépendance énergétique française n’est plus. Les réacteurs fonctionnent exclusivement grâce aux importations d’uranium et restent tributaires des réserves minières étrangères, au premier rang desquelles celles du Niger. Au regard des conditions d’exploitation désastreuses, il n’est sans doute pas illégitime d’ouvrir les yeux sur ces externalités, les risques spécifiques liés à l’extraction en de tels pays étant cédés aux travailleurs des mines uranifères et aux populations locales.

(source : Le Point)

Avec le programme du nucléaire civil des années 1960 et 1970 et la course aux armements nucléaires, entre un 20 et 50% de l’uranium fourni chaque année au monde occidental provenait d’Afrique. Du Congo, du Niger, d’Afrique du Sud, du Gabon, de Madagascar et de Namibie. La France n’aura pas dérogé à la règle. Depuis 2001, nous importons de l’étranger (Niger, Canada, Kazakhstan) la totalité des concentrés uranifères nécessaires à l’élaboration du combustible nucléaire de nos réacteurs. Si bien que la France aura complété sa production nationale par une production africaine sous contrôle (Canada et Kazakhstan mis à part dans notre article). En particulier via le Niger. Et cela, depuis 1970 déjà, bien avant la fermeture définitive de toutes nos mines.

L’Afrique, terra cognita 

 

L’indépendance énergétique nationale est donc depuis longtemps une douce illusion politique. L’uranium africain est carrément une des sources essentielles de notre énergie nucléaire. Oui, l’uranium en provenance des mines africaines alimente depuis des décennies la majorité des centrales nucléaires françaises, mais aussi européennes, nord-américaines, japonaises. Non sans impact direct sur la vie et la santé des travailleurs et des populations sur place. Quoi qu’il en soit dit, l’uranium a été stratégiquement dissocié de son statut de combustible militaire étroitement surveillé pour devenir une marchandise banale, et ce en vue de faciliter le commerce et la circulation internationale du yellowcakeL’importation et la commercialisation s’en trouvent rendues aisées, les transports d’uranium programmés en toute légalité, l’embargo sud-africain n’y faisant pas obstacle. Comme le dit la maxime : « nécessité fait loi », et le fonctionnement des industries militaires et civiles prévaut. Cette modialisation concourt à en assurer des prix compétitif, participant au mythe de l’énergie nucléaire « bon marché ».

La place centrale de l’uranium africain dans l’industrie nucléaire aura donc longtemps été niée et refusée. L’uranium de ce continent se révèle bien d’une importance géopolitique considérable, sa production et sa commercialisation entraînant parallèlement des conséquences dans les sociétés africaines concernées.

Pour la France, entre autres, il convenait de conserver coûte-que-coûte son statut d’état nucléarisé indépendant et hégémonique, maitre de bout-en-bout de sa filière. En usant s’il le fallait de la technique dite de « flag swap » (« troc de drapeaux ») dont l’objectif savamment caché était de taire l’origine du minerai en de s’en attribuer la propriété originelle. En sus, les déséquilibres des relations de pouvoir et diplomatiques permettaient de fixer le tarif de l’uranium au seul avantage français. Mais au prix de conséquences médicales de l’exposition des mineurs locaux.

L’exploitation uranifère passe de la part de tous les importateurs par une gestion inter-étatiques floue, versant parfois dans l’ingérence politique afin de verrouiller des zones d’approvisionnement ‘vitales’. Mais aussi et surtout, cette compétitivité est rendue possible grâce aux mineurs africains exploités. L’histoire de l’uranium ne peut être dissociée d’une histoire coloniale et/ou postcoloniale. Encore une fois, l’exploitation de l’uranium, comme celle de beaucoup de ressources minières, souligne les externalités de ce modèle économique, l’impact que cette production d’énergie fait peser sur la vie et la santé des travailleurs et des populations. Françaises auparavant, étrangères aujourd’hui. Nigériennes spécifiquement dans ce nouvel article.

Ca gère au Niger 

 

Au nord-Niger, les Français ne sont pas seuls à convoiter l’uraninite. Australiens, Canadiens, Britanniques et Chinois (gisement d’Azelik) se partagent une zone de 86 000 km2, vouée à l’exploitation de l’uranium. La prospection française de l’uranium dans la région d’Arlit aura quant à elle commencé en 1956, comme toujours via le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), puis par la CoGéMa. Cette dernière (devenue in fine Orano, pour simplifier après une histoire rocmabolesque sur laquelle nous reviendrons) participe à deux sociétés au Niger : la Somair et la Cominak, gisements sis en plein désert du Sahel. Mais le rendement très lucratif aura le donc de rapidement convaincre, compte tenu des caractéristiques géologiques de ce bassin de Tim Mersoï, à l’Est de la faille d’Arlit.

La Somaïr, Société des mines de l’Aïr, a été détenue avec le concours du gouvernement nigérien. Sa production est évaluée à 1000 tonnes par an, depuis des mines de teneur de l’ordre de 0,35%. L’exploitation est complétée d’une usine de traitement du minerai, produisant des concentrés d’uranate prêts à être exportés pour la conversion, vers Comurhex. Le rendement y était de 1500 tonnes par an.

Quant à la Cominak, Compagnie minière d’Akouta, exploitée toujours en partenariat avec l’office national des ressources minières du Niger (devenu Sopamin), ses gisements souterrains l’étiquetaient comme la plus grande mine souterraine du monde. Une usine de concentration du minerai y est également attenante. En étaient issus 2000 tonnes par an à partir d’une teneur de 0,50%,  mais dans le même temps 16 millions de tonnes de résidus de traitement.

Car qui dit exploitation de minerais dit déchets. Ces résidus d’extraction de l’uranium sont d’environ 11 millions de tonnes, répartis sur 50 hectares (pour 27 mètres de hauteur) à la Cominak. Et 16 millions de tonnes sur 11 hectares (formant une digue de 8 mètres de hauteur et 30 mètres de large) à la Somaïr. Des déchets miniers sous forme de boues (produits chimiques et radioactifs tels le polonium, le plomb…), entassées sur chacun des deux sites arides. A cela, ajoutons près de 100 millions de tonnes de stériles contenant de la radioactivité et restant exposés à l’air libre. Rappelons que les stériles sont des mélanges de roche et de résidus de minerai, ne présentant que peu d’intérêt commercial car de teneur trop faible en uranium. Aucun traitement n’a été effectué sur ces déchets. Ils restent, intertes, soumis aux vents, une dilution étant supposer s’effectuer en plein désert, mais malheureusement aussi vers les proches habitations. Ce qui n’est pas exclusif puisque le radon est lui-même rejeté par les bouches d’aération des mines souterraines. Suggérant à terme des risques d’inhalation ou d’ingestion de particules radioactives par les autochtones. Le radon a le facheux réflexe naturel de se transformer en métaux lourds radioactifs (plomb, polonium par exemple) qui s’accumulent sur le sol et les végétaux de la ville d’Arlit (150 000 habitants à 5 kilomètres de distance des sites miniers).

Mais surtout, les stériles miniers ont été utilisés pour servir de remblais devant des hôpitaux, des métaux de récupération, dont le degré de contamination peut induire une exposition supérieure aux normes sanitaires, ont été vendus sur les marchés ou dispersés (servant qui pour l’édification de maisons, qui pour les réparations des voitures, qui à la fabrication d’ustensiles de cuisine, d’outils…). Pour construire, les habitants ont utilisé l’argile contaminée autour d’eux. Seul l’IRSN concluait de façon rassurante son rapport de 2005. A mesure que la ville s’agradissait, que les travailleurs immigraient, certains quartiers se sont trouvés à moins de 200 mètres de la mine.

Des conditions de vie de cette population jouxtant les mines, ce sont encore les habitants eux-mêmes qui en parlent le mieux.

Ce n’était pas moins de 1500 mineurs qui étaient concernés sur les deux sites. Pour un travail éreintant pour tirer une tonne d’uranium de 50 000 tonnes de stériles. Les miniers d’Arlit travaillaient sans aucune mesure de protection ou presque. Jusqu’en 1980, le dosimètre ne mesurait que les radiations produites par les roches et non celles inhalées par iceux. De plus, les lieux de travail où le niveau de radiation était très élevé n’entraient que rarement en ligne de compte dans la production des moyennes de mesure de l’exposition. Des conditions encadrées, pour ceux qui se voyaient céder un dosimètre. Voire un masque supposé protéger de la radioactivité, comprise entre 9 et 12 mS/h. Sur une zone de 30 mS/h (soit 300 fois la radioactivité naturelle !).

Les mineurs africains n’avaient tout simplement aucune perception des risques que l’exposition à la radioactivité pouvait leur faire courir. Une enquête de l’AEIA aura conclu qu’une information sur ledits risques sera longtemps resté par trop inexistante, que des équipements de sécurité seront restés inexistants ou le sont maintenant de manière insuffisante.

Les victimes Nigériennes auront pour certaines pu recevoir des indemnisations, pour toute reconnaissance des conditions d’exploitation des sites insatisfaisantes. Une victoire symbolique puisque cette décision judiciaire n’était que la première indemnisation versée par un opérateur minier, tout en supposant contractuellement qu’aucune responsabilité ne devait être cherchée. En gros, Areva souhaitait un développement durable sur mesure, sans suspicion d’aucune sorte.

Une approche de développement durable a bien été envisagée sur ces exploitations, mais l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous des attentes et exigences. Il en va de l’exploitation elle-même, qui aura engendré contaminations des eaux souterraines, d’une nappe fossile non renouvelable (la nappe du Tarat située à environ 150 mètres de profondeur) baignant en partie dans les formations uranifères, était à l’origine de la raréfaction de ressources hydriques (quarante années d »activité auront pompé 275 millions de mètres cube).

  L’eau, indispensable à la vie, est un élément essentiel au développement des activités minières. Areva s’engage à optimiser ses consommations d’eau au Niger en rationalisant ses usages et en mettant en œuvre des dispositifs spécifiques. Sur ses sites et dans leur voisinage, des prélèvements sont réalisés et la qualité de l’eau est analysée. Ces sites sont également contrôlés par un auditeur externe qui certifie que le système de management environnemental est conforme à la norme. La gestion des ressources naturelles, comme l’utilisation des aquifères, est une préoccupation majeure du groupe , selon Orano

De belles généralités et des pratiques vertueuses. L’engagement a été pris de mettre en place un système de responsabilité sociale et environnementale, en vantant les certifications ISO14001 obtenues en 2002 et 2003. Orano avant un investissement de quelques 170 000 dollars en 1999 et 2000, des dépenses environnementales donc limitées au regard de l’activité. Parallèlement, n’omettons pas les dépenses consacrées à des programmes sociaux et culturels, pour 4 millions de dollars au cours de la même période. Aussi, des contrôles renforcés radiologiques ont été entrepris dès 2002.  Dur de lutter contre la procrastination. Mais quid des analyses indépendantes ?

Encore qu’en ces pays en voie de développement, le problème peut ne pas se limiter aux seules conditions d’extraction. Le transport aussi peut receler des risques hautement impactant pour les populations victimes ignorantes des contenus et de leurs dangers inhérents : du concentré d’uranium aura été renversé en janvier 2004 lors d’un acheminement par camion jusqu’au port de Cotonou (Bénin). Idem ce même mois, sur une route près de Dosso (dans le Sud du Niger), occasionnant l’épandage sur le sol de 17 fûts d’uranium. Des incidents plus fréquents qu’en France.

Actuellement, le Niger figure toujours au dernier rang de l’Indice de développement humain (62 % de sa population vit en-dessous du seuil de pauvreté). Le Niger n’en reste pas moins le 4e producteur mondial d’uranium, une ressource convoitée qui représente près de 50 % de ses exportations mais moins de 6 % de son PIB. Cherchez l’erreur.

Les gisements parfois gelés en d’autres pays africains exportateurs ont souvent eu pour conséquence que la valeur réelle de l’uranium nigérien dépasse la valeur commerciale du minerai. Pourquoi le gouvernement nigérien ne saurait pouvoir se trouver en position de force pour demander des prix d’enlèvement plus élevés ? D’autant que la France n’est pas seule intéressée par les gisements uranifères et que l’offre pourrait être octroyée au meilleur acheteur. Depuis 2007, ce sont presque 140 permis de recherche d’uranium qui ont été délivrés par le pouvoir central nigérien à des sociétés européennes, asiatiques, nord-américaines et australiennes, au cœur des zones de transhumance des autochtones (sur près de 90 000 km2, soit 3 fois la Belgique ; décrétés sans consultation des populations lcoales, Touaregs compris).

Mise à jour (avril 2021 ) : cela n’aura pas manqué. La Cominak, cette filiale d’Orano Cycle, a arrêté sa production ce 31 mars 2021. Pas une bonne nouvelle pour la ville d’Arlit, artificiellement gonflée de 100 000 habitants. Cela serait dû à la concurrence féroce que mène la Chine, entre autres permis de recherche et exploitations abondamment cédés ces dernières années : la mine d’Azélik, exploité par la Somina (coentreprise gérée par le Niger et la China Nuclear International Uranium Corporation, filiale de CNNC compagnie nucléaire nationale chinoise) rendrait la Cominak non rentable. Outre son démantèlement prévu sur quinze ans, ce sont 600 employés et autant de sous-traitants qui sont concernés par cette fermeture, ces derniers ne bénéficiant quant à eux d’aucune prime de licenciement ni de suivi médical à long terme après avoir été exposés aux mêmes dangers de rayonnement que leurs collègues. Quant aux vingt millions de mètres cubes de résidus toxiques, ils devraient être enfouis, sans qu’il soit permis d’affirmer que la technique sera au moins aussi encadrée que celle du laboratoire de Bure. A supposer que ce point rassure complètement en France même…  

Intérêts croisés 

 

L’intérêt de ces mines est primordial, vous l’aurez compris. Il en va de « l’intérêt supérieur » de la Nation.  Sarkozy aura comme d’autres présidents, été reçu à Niamey, non sans volonté à chacun de ces voyages officiels de soutenir la vente d’un site exploité au profit d’Areva (comme celui d’Imouraren, un site représentant 8 fois le site de la Somaïr).

(source : Le Figaro)

Mais le poids diplomatique ne rend pas éternel et invincible. Et un pays ne peut raisonnablement être soumis sur la durée, et ne pas prétendre tirer meilleurs bénéfices de ses richesses minérales. Devant l’accumulation de scandales et de critiques sur l’état dans lesquelles Areva tenait le Niger, un « accord de partenariat stratégique » a dû être consenti (signé entre le Niger et Areva le 26 mai 2014) : il reconnaissait notamment l’application d’une redevance progressive. Non sans un manque de transparence toujours de mise puisque les conditions d’exploitation de deux mines restaient inaccessibles au public (contrairement à l’obligeant article 150 de la Constitution du Niger).

  Les contrats de prospection et d’exploitation des ressources naturelles et du sous-sol ainsi que les revenus versés à l’État, désagrégés, société par société, sont intégralement publiés au Journal Officiel de la République du Niger , selon l’article 150

Des détails et des astérisques, nous ne saurons rien. Areva conservera au Niger des conditions avantageuses d’exploitation, privant le Niger d’importantes recettes fiscales. Il faut dire que l’entreprise y met les moyens : l’affaire du « don d’Areva » aura défrayé la chronique, révélant que la coquette somme de 35 millions d’euros aura été opportunément offerte au Niger et directement affectée à l’achat d’un nouvel avion pour le Président du Niger (Issoufou n’est autre qu’un ancien directeur de l’extraction de l’uranium d’une filiale d’Areva ), don entériné par une loi de finance nigérienne. Le Niger est décidément coutumier du fait corruptif.

Compte tenu de notre dépendance à l’uranium, toutes les questions d’exploitation et d’importation ont tendance à soucier les présidents français. Et à rendre vigilante l’armée présente sur site pour des considérations terroristes. Une attention toute particulière, bien au-delà de l’accord de défense de 1961, est comme de bien entendu portée sur la société Areva et ses ressortissants. Le sort des quatre employés capturés en 2011 reste d’ailleurs mémorable et la sécurité de nos approvisionnements est tellement élevée au rang prioritaire que la France s’est résolu à payer 20 à 25 millions d’euros pour obtenir leur libération. L’uranium relève clairement de l’intérêt supérieur de l’Etat français.

Depuis, Areva enregistre des pertes importantes au niveau international, et les scandales et autres pénalités n’arrangent pas ses finances voire la précipite vers un dépôt de bilan. Que l’Etat se fera fort d’éviter une nouvelle fois. Mais, et cela décuple les efforts diplomatiques et la veille militaire, l’extraction de l’uranium au Niger continue à être profitable pour l’entreprise qui exporte pour plusieurs centaines de milliards de francs CFA d’uranium chaque année. La rente s’élève à une valeur cumulée estimée à plus de 4 milliards d’euros sur lesquels le Niger aurait touché moins de 500 millions d’euros…

Concernant le seul prix de l’uranium, selon diverses estimations, ce sont quelques milliards d’euros que la France aurait dû verser au Niger depuis le début des exploitations. Sans compter les compensations relatives à l’assèchement de la nappe phréatique du Niger, à la contamination continue de l’environnement, les travailleurs malades par l’exploitation sur des décennies…

Aussi, il était sans doute encore temps pour Orano de finaliser la fermeture définitive de l’exploitation de la mine d’Akouta. Après la suppression de 500 emplois à la Somaïr, la Cominak cessera ses activités au 31 mars 2021 par décision de son conseil d’administration. Selon la justification de ce dernier, le gisement s’épuiserait alors que les charges d’exploitation augmenteraient. Les déchets nucléaires, eux, perdureront, la société civile nigérienne espérant le respect des normes environnementales relatives au démantèlement des installations ainsi qu’une juste compensation des travailleurs. Le site d’Imouraren (dont l’exploitation a été entamée en 2009) avait déjà été arrêtée en 2015 à la suite de la baisse des prix de l’uranium ; ce n’était pourtant pas faute d’un investissement personnel de Hollande, accueillant le président nigérien Issoufou en 2012, afin d’en assurer les bonnes dispositions dans le cadre du contrat d’Imouraren.

Toutes ces annonces, licenciements et fermeture, ne sont sans doute pas sans lien avec l’entrée en vigueur du nouvel accord fiscal négocié qui aura fait passer de 5,5 à 12% la redevance minière versée par Orano. Révisant ses calculs ROE, elle se aura été incitée à se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement, comme le Kazakhstan. Quant à l’État nigérien, l’impact pourrait être substantiel tant il est dépendant des revenus de l’uranium.

Jusqu’à maintenant, Orano (et l’Etat français ?) aura échappé à de nombreuses décisions défavorables, suite à des recours juridiques. Il en reste quelques unes de pendantes. Comme celle conernant une enquête pour corruption sur la vente d’uranium nigérien par Areva en 2011, que le Parquet national financier a fini d’instruire afin d’éclaircir la situation de courtage d’uranium nigérien, qui s’était traduite par d’importantes pertes pour le groupe nucléaire. Iln’ y rien de moins question que de « corruption d’agent public étranger, corruption privée, association de malfaiteurs, abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment en bande organisée de ces délits ». Le délit reposerait sur un contrat de 320 millions de dollars, via un enchevêtrement de sociétés, d’Areva à la société russe Energo Alyans, en passant par la société libanaise Optima Energy Offshore. Des parcours alambiqués qui auraient eu raison de 24 à 101 millions de dollars détournés.

Conclusions inexploitables 

 

Le modèle d’exploitation de l’uranium promu par le France pour satisfaire ses besoins n’est pas élogieux en dehors du territoire. Il s’agit d’extraire de gisements étrangersles minerais qui nous intéressent, à moindre frais pour notre production énergétique d’origine nucléaire, à fortes conséquences pour les populations autochtones, au prix de dommages environnementaux.

Ces gisements auront attiré de nombreux nomades et travailleurs, venus dans une région nigérienne aride remplir la cité ouvrière et s’emplir pour certains d’éléments nocifs. Via leur eau potable contaminée, les millions de tonnes de résidus d’extraction radioactifs abandonnés à l’air libre et livrés aux vents et aux aléas climatiques en pleine zone de pâturages des tribus nomades Touaregs, par le truchement aussidles métaux récupérés sans contrôle. Voilà ce que sont des externalités, en économie.

Dans les faits, l’extraction de l’uranium africain aura donc un impact sur la santé des travailleurs et des populations, pour partie. Une partie du puzzle nucléaire qui frappe par sa prétention à l’invisibilité des radiations auxquelles sont exposées les mineurs d’uranium. Une invisibilisation de la surexposition et des maladies des ouvriers rendue systématique. Dans les hôpitaux, aucune maladie professionnelle n’a été enregistrée, malgré les maladies et les décès nombreux recensés, sans compter les maladies du foie et des poumons, les difficultés respiratoires, des accouchements d’enfants mal formés…  De toutes façons, les hôpitaux de la région d’Arlit n’étaient pas vraiment équipés pour détecter les maladies radio-induites (leucémies, cancers du poumon, etc.)…

Des constats identiques auraient pu être menés sur le site brésilien exploité par l’Industrias Nucleares do Brasil, le site de Bakouma en République centrafricaine, en Namibie…Autant de situations environnementales et salariales préoccupantes répertoriées sur un site dédié.

Pour creuser un peu plus 

 

Oui, le Niger n’est qu’un exemple parmi d’autres pays exportateurs. Ainsi, au sud du Kazakhstan, les forages se sont multipliés depuis une dizaine d’années pour extraire aujourd’hui 40% de l’uranium produit dans le monde. Au prix de tractations douteuses, de pollutions chimiques et radiotoxiques dans les steppes kazakhes.

Au Gabon, sur le site de Mounana, où Areva avait des activités extractives via sa filiale de la Comuf encore en 1999, la pollution radioactive locale y était probante et des stériles servaient jusqu’à la construction de maisons dont même l’AEIA avait conseillé la destruction pour une vingtaine de blocs. L’effacement des mesures révélant précédemment la surexposition des mineurs de Mounana y aura été pratiquée. Les malades, atteints aux poumons et jusqu’aux os cassants, restent livrés à leur sort depuis le départ de la société. Ce dossier est traité dans le documentaire « Uranium, l’héritage empoisonné » (de Dominique Hennequin, pour La Chaîne Parlementaire).