Un Regain d’énergie ?
Les opposants à Cigéo reprennent les chemins vicinaux. Pour faire démonstration de leurs force, motivation et conviction. Des échéances importantes tout proches leur imposent de multiplier et d’adapter rapidement les stratégies pour contrer le projet d’enfouissement. L’Andra quant à elle bénéficie d’une mansuétude à faire évoluer son projet selon les besoins, sans urgence.

Mobilisation générale du côté de Bure. Alors que des éléments et bâtiments du gigantesque projet souterrain s’apprêtent à sortir de terre, les habitants retardataires et certains élus commencent à prendre la mesure des impacts directs et indirects sur le territoire. Trente ans après les premières esquisses du programme, il n’était que temps de cette prise de conscience selon les plus anciens opposants.
Cette manifestation se voulait « unitaire » pour ses promoteurs : au prix d’une forte logistique et d’une organisation précise, elle rassemblait des citoyens locaux, des soutiens venus de divers coins de France, des associations (Greenpeace, Sortir du nucléaire…), des mouvements politiques et syndicaux (France insoumise, Europe écologie les Verts, Nouveau parti anticapitaliste, Confédération paysanne, Solidaires..). Les organisateurs auront échelonné le parcours d’étapes clés pour expliquer les tout prochains travaux planifiés. Journée festive et pédagogique.
// En Bref //
• Les opposants à Cigéo se sont rassemblés en nombre
• A destination des générations futures, des capsules temporelles viennent témoigner symboliquement de leur mobilisation depuis trente ans
• Le projet d’enfouissement est itératif, les « incertitudes fortes et significatives » sont autorisées à être levées plus tard
• Un documentaire revient sur la difficulté d’être militant sur le long cours
• Les industries nucléaires restent unies et multiplient les rassemblements afin de donner à voir un mouvement de nucléarisation indéfectible et inébranlable, malgré tout
• Pour les antinucléaires, le débat concernant le choix nucléaire doit persister au sein de la société, coûte que coûte
// En Bref //
Les antinucléaires à la fête
Les travaux sont engagés en divers secteurs, selon des calendriers contraints, dispersant les opposants, obligés de porter l’action et l’attention en tous sens. A brève échéance, la gare de Luméville, passage stratégique de la future ligne ferroviaire de Cigéo, doit être évacuée par expropriation. Cependant que les dossiers de milliers de pages doivent être relus dans le cadre des consultations. Etc.
Cela n’aura pas démobilisé les plus vigilants. Qui auront proposé une journée festive. Objectif ? Montrer que l’opposition est plus présente que jamais.
Sans doute pour s’assurer que les manifestants puissent s’exprimer tranquillement en déambulant autour des sites de l’Andra sans être importunés par des groupuscules ennemis réunis non loin, peut-être pour vérifier que la marche n’était pas infiltrée de drapeaux et signes ostentatoires d’un autre âge révolu, la préfecture a déployé près de 900 gendarmes pour accueillir et accomapgner sereinement les citoyens ayant fait le déplacement depuis Nantes, Lyon, l’Alsace, Paris, l’Allemagne… Deux blindés Centaure briqués, forts de leurs 14 tonnes et 300 chevaux-vapeur, munis de canons à eau, lance grenade et mitrailleuse, un hélicoptère et un drone terminaient de dissuader les néonazis de venir ternir le défilé.
Sans doute… Peut-être…
La journée ensoleillée débutait matinalement par une balade vélocipédique. Epaulant le travail du ‘groupe mémoire’ dédié à cette problématique inextricable, des capsules temporelles étaient déposées en des lieux symboliques, cédées à des personnalités emblématiques, afin de témoigner que cette génération-ci n’aura pas renoncé à s’opposer à ce « site mortifère ». Ainsi, très affecté par la tournure en cours de révélation du projet, l’édile de Chassey-Beaupré déposera la capsule en sa mairie : son village de moins de cent habitants aura voté à 95% contre le futur projet de carrière de calcaire. Cette dernière, lié au projet Cigéo, bien malgré l’avis rendu négatif par le commissaire enquêteur, ne tardera pas à être validée par la préfecture, occasionnant à termes le passage de 140 camions par jour en ce petit bourg, condamnant dans le même temps un accès à la forêt communale.
A mesure qu’émergent dans les prochains mois les étapes connexes de Cigéo, une carrière de calcaire par ici, des centaines de forages en des terres agricoles par-là…, les habitants prennent conscience de l’impact quotidien qui va s’imposer sous leurs fenêtres. Plus sûrement que l’exploitation encore bien lointaine de ce site industriel gigantesque.
Une bascule pourrait être en train d’opérer dans les consciences. Tardive aux yeux des premiers opposants. Au prix de marchandages financiers, de harcèlement moral… les expropriations se multiplient pour permettre à l’Andra d’acquérir les derniers hectares nécessaires à son emprise de 665 ha sur ce territoire agricole, régi dorénavant pour partie par des baux précaires qui ne laissent que peu de perspectives professionnelles pérennes. Des méthodes qui choquent. Dans la droite ligne des pressions exercées dès le début sur les premiers mobilisés.
Autant de patrouilles et contrôles incessants, d’abus et d’excès de force déployées, d’espionnage intrusif qu’une permissive législation militaire très spéciale sur cette zone géographique laisse diffuser. Une conclusion judiciaire positive n’effacera jamais totalement les stigmates d’un acharnement policier. Tout cela a été largement et en détails conté.
La construction de Cigéo n’a beau être prévue avant plusieurs années en vue de sa phase ‘exploitation’, la phase pilote nécessite déjà toutes les démarches d’aménagement préalables et les travaux afférents. Les questions peuvent restées sans réponses techniques et solutions pérennes, le programme se poursuit.
La position de l’Andra est clairement avantageuse : avec l’aval de l’ASNR (dont le Président n’est autre que l’ancien Directeur général de l’Andra), il est affirmé que Cigéo s’adaptera à mesures que l’ingénierie trouvera lesdites réponses, selon une modalité itérative surprenante compte tenu des problèmes et inconnues soulevés (ventilation des souterrains, gestion des déchets bituminés, tenue des éléments et matériels automatisés sur 150 ans…). Des problèmes et inconnues largement partagés : par exemple, un rapport récent d’expertise remis à l’ANSR souligne quelque perplexité, parfois ‘significative’, qui resteront pourtant sans incidence sur l’avancée du projet et son calendrier :
S’agissant des alvéoles de stockage, la maîtrise de l’atmosphère interne des alvéoles HA en phase d’exploitation présente des incertitudes fortes pour la conception actuelle au regard notamment des risques d’explosion. En outre, les données disponibles pour justifier le dimensionnement des composants métalliques de ces alvéoles vis-à-vis de la corrosion restent à ce stade marquées par des incertitudes significatives. Par ailleurs, la démonstration de sûreté des alvéoles MA-VL vis-à-vis des risques liés à l’incendie n’est pas acquise en phase d’exploitation pour le stockage en l’état des colis de déchets bitumés, ainsi que, dans une moindre mesure, en termes de maîtrise de l’atmosphère interne en phase de fermeture, vis-à-vis des risques d’explosion. […] Un point d’attention supplémentaire concerne les scellements, qui sont encore au stade de principes de conception et dont la démonstration de leur opérationnalité et de leur performance reste à apporter. Au vu de leur rôle essentiel pour la sûreté après fermeture, une méthode de creusement qui ne crée pas plus d’endommagement de la roche qu’une méthode mécanique devra être mise en œuvre au droit des zones à sceller. [… Le groupe permanent d’experts] confirme que la phase industrielle pilote est désormais indispensable pour compléter et consolider la démonstration de sûreté.
Le Conseil d’Etat avait déjà validé cet aspect, cette dispense de preuves, cet acquis de maitrise : il ne sera nullement attendu pour un tel programme industriel d’envergure d’être robuste et de conception aboutie et son lancement peut advenir sans garantie de sûreté exhaustive. Il est donc désormais officiellement validé que Cigéo est un projet évolutif, une première mondiale pour un si ambitieux dessein industriel colossale. Dans le même ordre d’idée, un budget à sommes financières variables bénéficiera à l’Andra à long terme, extensible selon les besoins.
Environ 1 600 à 1700 personnes (comptage par notre correspondant sur place, ndlr) ont défilé ce 20 septembre 2025. Une performance au regard des dernières récentes mobilisations. De l’aveu des organisateurs, la réussite est totale : par le nombre conséquent des présents, du fait de la préparation attentive en amont de cette journée, visant à éviter les écueils et erreurs passés.
Que d’énergie dépensée. Sujette à toutes les fluctuations durant ces trente dernières années.
Diaporama
L’énergie du désespoir ?
Souvent énergie du militant varie. C’est en substance l’analyse que souhaitait mener le réalisateur Laurent Pannier. De prime abord, il a choisi d’interroger personnellement ses convictions, selon une écriture intime. Plus généralement à travers lui, l’évolution du militantisme en général, antinucléaire en particulier. Faisant suite à son documentaire de 2007 dédié aux militants de Cherbourg mobilisés contre l’EPR de Flamanville alors fraichement annoncé, le film ouvre inévitablement la réflexion à tous les opposants actuels, à travers les témoignages d’acteurs passés, de cette époque révolue.
La question originelle a le mérite d’être claire : « Peut-on encore se dire antinucléaire aujourd’hui ? ».
(source : France 3 Normandie)
Nous y retrouvons justement Angélique Huguin, entre autres têtes d’affiche du mouvement antinucléaire (Yannick Rousselet…), engagée de longue date, spécifiquement sur les terres de Bure. Ils sont nombreux comme elle à revenir sur l’engagement et l’énergie déployés pour que leurs paroles percent le flux médiatique qui leur est généralement défavorable. Ils évoquent en toute transparence les doutes qui germent, les motivations qui fluctuent au gré des désillusions, des déceptions ; abordent les démobilisations subies qui usent les vitalités, la fatigue physique et morale face aux agressivités et oppressions, les inutiles débats voulus apaisés mais biaisés, la transmission fragile des engagements aux générations suivantes, rassurées qu’elles sont par le seul prisme des faibles émissions carbonées de l’industrie nucléaire ; reviennent sur les moyens de lutte légale et efficace, les moyens humains mis en branle sans résultats assurés…
Je me pose beaucoup de questions. Mais je n’apporte pas de réponses. En cohérence avec le mode de pensée du film, à l’écriture sensible, sans aspect technique ou argumentatif. Aujourd’hui, quand on parle du nucléaire, c’est directement clivant et violent. […] Les modes d’action se sont déportés sur le numérique. La tradition des manifestations reste ancrée, comme à La Hague. […] Il y a beaucoup de défiance des jeunes générations avec certains modes d’action. Et beaucoup de formes de militantisme sont brassées, autre qu’antinucléaire. Tout nous pousse à emprunter d’autres chemins, selon Laurent Pannier
De ce documentaire, seront tirés des enseignements pertinents sur les postures justes et légitimes, tracées des pistes de réflexion au moment où les opposants actifs font le vœu d’une mobilisation revigorée. A titre personnel, le réalisateur aura été conforté dans ses sentiments par son séjour à Bure, une destination immanquable selon lui pour répondre à ses questions, confirmer ses convictions.
Il faut avouer que l’atmosphère qui règne sur ce territoire de Meuse et Haute-Marne est toute particulière. Les sensations sont impalpables, à l’instar de la radioactivité, invisible. Mais la pression qui y est latente est rappelée à chacun des habitants chaque semaine, par des contrôles inopinés, rendue prégnante par la présence incessante de patrouilles mobiles de policiers en civil et d’une unité de quatre-vingt gendarmes dédiés à l’Andra. Que vous soyez opposants ou non, elle s’impose à tous sans distinction. Ce qui résume tout de la force revenant en dernier ressort à l’Etat dans l’Etat.
Le documentaire retient que les formes de lutte ont changé, les engagements ont évolué. Une modification indispensable, une adaptation aux nouvelles contraintes légales, civile, sociétale. Les groupes sont maintenant constitués d’entités hétéroclites, animés par d’objectifs bigarrés et multiples, selon un schéma abscons de croisement des luttes difficilement orientable, manipulable (l’intersectionnalité). Il n’est que constater la composition de la Maison de résistance de Bure, lieu emblématique de la lutte contre Cigéo, pour conclure que les élans ne sont plus de même ordre, que donc les opposants forcenés au nucléaire doivent composer différemment avec ces nouvelles forces, d’origines si diverses, pour prétendre poursuivre leur combat. Pour croire en la relance du militantisme antinucléaire. Ce que cette ‘manifestation du futur’ laisse présager d’espoir atteignable aux participants.
Pendant ce temps-là, dans le monde atomique
Le rassemblement de ce 20 septembre n’était pas encadré que par des escadrons. La voix antinucléaire est également bordée, cernée des paroles officielles portées sur tous les canaux. Il est une fin en soi pour les pronucléaires d’occuper le terrain médiatique par le truchement d’événements toujours plus internationaux et d’importance.
Aussi, les gouvernements, leurs fonctionnaires et représentants industriels ne manquent jamais un moment pour organiser des conférences, des symposiums, des réunions multilatérales… Que des accords soient sur le point d’être conclus ou pas. Ne jamais casser l’élan, interrompre le récit, qui à faire germer de nouveaux réacteurs, qui à travailler sur de nouvelles innovations supposées adaptées aux marchés actuels et futurs, etc.
Les 18 et 19 septembre justement, veilles de la ‘mobilisation du futur’ susmentionnée, il était question de revenir sur les feuilles de route du nouveau nucléaire depuis le siège de l’OCDE à Paris. Des rendez-vous qui se multiplient afin de ficeler les accords permettant à l’Agence de l’énergie nucléaire NEA de tenir ses objectifs de tripler la capacité nucléaire d’ici 2050. Un vœu que de nombreux spécialistes, pro-nucléaires compris, jugent irréaliste.
Mais qui permet de maintenir la coordination des acteurs existants, de favoriser le financement des projets, d’afficher un objectif commun cependant que les ressources en uranium engendreront dans une telle perspective des tensions d’approvisionnement entre les acteurs étatiques.
Pour finir d’encadrer symboliquement la mobilisation de Bure aussi efficacement que les pelotons de CRS présents sur le tracé de la manifestation, le gros pool du nucléaire français Nuclear Valley organisait son salon à Lyon du 22 au 24 septembre. Toujours en un savant mix d’intérêts privés industriels, de gouvernants et politiciens convaincus.

Comment faire entendre ses interrogations ? Comment porter ses désaccords ? Si pour cela vous cherchez à joindre EDF, des membres de l’ASNR, pour relayer vos questions citoyennes, techniques, publiques, ces interlocuteurs ne sont joignables exclusivement que durant des journées de rencontre, malheureusement payantes et réservées aux membres actifs du réseau de l’énergie nucléaire, en un mélange d’anciens élus et d’industriels du secteur. Pour les retours superficiels et trop généralistes, il vous faudra vous reporter aux seules insipides débats officiels organisés.
Voilà à quoi est réduit le débat sur le choix nucléaire en France, débat éventé par les décisions déjà entérinées, dépassé par les programmes de travaux accélérés par lois et décrets.
Sans doute les opposants présents et actifs ne renieraient-ils pas la pensée de Günter Anders, quand ce dernier visait à justifier l’intérêt du militantisme incessant et indéfectible, selon le principe supraliminaire qu’il aura théorisé :
Qu’on discute autant aujourd’hui des réacteurs nucléaires [et de ses déchets à enfouir], qu’on soit pour ou contre, […] cela tient vraisemblablement au fait qu’il y a eu dans chaque pays quelques personnes qui infatigablement ont attiré l’attention sur cette situation moralement impossible et qui ont réussi à réellement inquiéter quelques millions d’hommes. On nous a traités de ‘semeurs de panique’. C’est bien ce que nous cherchons à être. C’est un honneur de porter ce titre. La tâche morale la plus importante aujourd’hui consiste à faire comprendre aux hommes qu’ils doivent s’inquiéter et qu’ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime. Mettre en garde contre la panique que nous semons est criminel. La plupart des gens ne sont pas en mesure de faire naître d’eux-mêmes cette peur qu’il est nécessaire d’avoir aujourd’hui. Nous devons par conséquent les aider.
L’énergie reste donc vigoureuse. Bien malgré les expropriations qui s’accélèrent, les pressions subies pour les faire advenir, le temps d’instruction de la DAC que l’ASNR souhaite réviser à la baisse… Pour ce qui concerne ce territoire, cependant que les prochaines échéances obligent déjà à la réflexion des stratégies à tenir à court terme, peut-être le processus de développement de Cigéo est-il déjà devenu inarrêtable, si tant est qu’il soit mené jusqu’au bout de ce vaste calendrier… Mais là ne serait pas alors l’essentiel.
Par-delà le fait particulier que représente Cigéo, l’intérêt de la mobilisation des antinucléaires pourrait résider alors dans l’importance de ne jamais laisser se tarir la parole opposante à ce vaste secteur nucléaire. Pour les antinucléaires et les sceptiques, cette filière nucléaire civile et militaire ne saurait être considérée et tenue comme un secteur anodin dans l’histoire de l’humanité. Et cette vigilance devrait à ce titre ne jamais être suspendue.







« Errare humanum est, perseverare diabolicum »
La locution latine « Errare humanum est, perseverare diabolicum » — « Se tromper est humain, mais persévérer est diabolique » s’applique parfaitement à la question du nucléaire selon Harry Bernas auteur du livre » Les merveilleux nuages », pour trois raisons majeures liées aux imperfections structurelles du nucléaire :
1. Les imperfections structurelles du nucléaire
Un parc vieillissant, avec des réacteurs en fin de vie et un manque criant de personnel qualifié pour assurer maintenance, démantèlement et sûreté.
Des coûts hors contrôle, notamment en raison des surcoûts et retards démontrés lors de la construction des EPR : incroyablement chers, maladroitement conçus et peu maîtrisés .
Une filiation civile‑militaire : le nucléaire est historiquement lié à l’arme atomique — un ancrage qui biaise la réflexion démocratique et technique .
2. L’absence de débat démocratique
HARRY BERNAS insiste sur la nécessité de discuter démocratiquement du nucléaire or, souligne-t-il, cela fait défaut :
«Les choix énergétiques ne sauraient se passer d’un débat démocratique qu’il est urgent de lancer », la relance du « nouveau nucléaire » pilotée par l’exécutif (Macron, Parlement), s’avère imposée sans participation citoyenne réelle.
3. L’alternative sociale et climatique
Les choix énergétiques reposent sur une structure économique et sociale qu’il faut radicalement transformer face à l’urgence climatique.
Le nouveau nucléaire n’est pas “neutre” : il réserve de lourdes décisions centralisées, industrialisées, coûteuses, quand les renouvelables, plus rapides à déployer, pourraient mieux servir une transition démocratique, décentralisée et efficace .
« Errare humanum est »: Les erreurs techniques et organisationnelles au sein du nucléaire sont humaines et prévisibles (coûts, sûreté, filière militaire).
« Perseverare diabolicum »: Continuer sur cette voie, sans débat, sans réforme, sans accueil critique, c’est non seulement irresponsable mais potentiellement dangereux et injuste.
Justement, à propos de débat : une pétition a été déposée sur le site de l’assemblée nationale pour demander « un véritable débat citoyen et participatif sur notre avenir énergétique sans recourir au nucléaire » : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-4032
Le vase clos des « nucléocrates »
Le milieu du nucléaire civil français peut se dispenser d’œuvrer tel un lobby. Il n’a pas besoin de faire pression sur le pouvoir puisqu’il est à la fois le pouvoir, l’expertise et la mise en œuvre. Une exceptionnelle union de pensée et d’action partagée, comme un seul homme, par le corps des X Mines, autant dire le nec plus ultra de l’élite française formée sur les bancs de l’École polytechnique et de l’École des mines.
Une formation » sésame, ouvre toi » de la carrière nucléaire civile.
De très rares itinéraires différents arrivés jusqu’aux plus hauts postes confirment bien que l’exception fait la règle : aucun des maillons clés des rouages de décision n’échappe au corps des X-Mines. Pas un conseiller technique en charge du dossier, aussi bien à Matignon que dans les cabinets ministériels de l’industrie, de la recherche et de l’environnement ne pourrait le démentir.
II va sans clin que les X-Mines sont chez eux, au cœur de leur bastion, au Commissariat à l’énergie atomique (CEA),et à EDF même s’ils doivent en ce dernier endroit concéder quelques places aux X-Ponts.
CIGEO : un chantier pharaonique et ruineux pour le contribuable français
EDF, qui doit payer la facture, estime le coût à 20 milliards d’euros. Pour l’Andra, l’agence qui doit construire le stockage, le coût serait de 34 milliards d’euros. « Le coût a toutes les chances d’être au moins deux fois plus élevé. On est probablement le seul pays où le gouvernement
fixe à l’avance par décret, le coût futur d’un projet aussi colossal et aussi incertain », estime l’expert.
(Source : PNGMDR 2016-2018)
Un chantier gigantesque
Le chantier de Cigéo durerait pendant 150 ans et nécessiterait 14,4 millions de tonnes de béton, 4,9 millions de tonnes de sable, 4,4 millions de tonnes de graviers, 2,25 tonnes de ciment et 200000 tonnes d’acier. Pour transporter ces matériaux, l’étude d’impact prévoit le passage de 284 camions par jour au pic du chantier et une moyenne de 2 à 3 convois exceptionnels par mois auxquels il faudrait ajouter 4 à 8 trains de fret quotidiens.
Sur la diagonale du vide, 8800 véhicules légers journaliers circuleraient pour transporter les ouvriers et le personnel, au pic du chantier l’Andra évalue les besoins en eau à 500 m3 par jour le bilan carbone de Cigeo culminerait à 67000 tonnes d’équivalent Co² par an: autant que 134000 vols Paris-New York.
Au plus fort de l’activité, l’Andra prévoit l’arrivée de 76 trains par an soit 6 par mois, certains de nuit et passant à quelques mètres des habitations sur certaines communes.
Il faudrait ajouter à cela plus d’une centaine de camion qui transporteraient par la route les déchets issus de la fabrication des bombes atomiques françaises.