Pour Benoît Pelopidas, le dogme, la fausse évidence de la dissuasion nucléaire est critiquable. Dans cet entretien au long cours, il apparait que la rationalité de la dissuasion nucléaire est trompeuse, son axiome serait mis en difficulté face aux éléments précisément détricotés et aux conclusions d’études dédiées. Au final, la désirabilité de la dissuasion nucléaire doit être interrogée, sa légitimité démocratiquement débattue. Il serait temps.
Contextualisation de l’entretien
Les postulats officiels en France sont problématiques. Il est d’abord fait état d’une vision d’ensemble de prolifération horizontale comme inéluctable, justifiant le recours à l’arme nucléaire pour éviter une asymétrie des forces de frappe ; ensuite perdure l’idée que le système d’armes nucléaires français serait strictement défensif et ne comporterait aucun risque ; enfin et surtout, largement partagé par les citoyens, la dissuasion nucléaire serait une garantie de paix, ce qui frise la tautologie. Autant d’éléments invitant à un désir d’armes nucléaires.
Acquise, active, maintenue, la dissuasion nucléaire n’interroge que peu la population. Et fait la fierté des médias au point d’en produire des clips promotionnels. Au demeurant, son coût budgétaire mais surtout sa pertinence militaire n’ont jamais été questionnés. Sans doute car elle relève de choix politiques régaliens et que les impacts et conséquences sont tenus éloignés savamment des discours qui la portent. Le discours nucléaire produit pourtant une illusion de cohérence, imposant que certains chercheurs procèdent à un travail d’inventaire, dans l’intérêt supérieur de la Nation.
La lecture d’un ouvrage aura plus qu’éveillé notre curiosité. Et nous aura motivé de vous partager ces idées-forces qui contrecarrent utilement des acquis militaires, mettent en lumière les angles morts d’une stratégie considérée comme fierté nationale.
(source : Presses de Sciences Po)
Pélopidas était un stratège, en Grèce antique. Pelopidas, Benoît de son prénom, analyse en notre ère les aspects stratégiques de ce choix militaire qu’il démontre teinté de fausses certitudes. Passée cette pirouette homonymique, ses compétences n’en restent pas moins sérieuses : il est titulaire de la chaire d’excellence en études de sécurité au Centre de Recherche Internationale (CERI), surtout fondateur (2017) du programme indépendant d’étude des savoirs nucléaires (Nuclear Knowledges) de Sciences Po, enfin chercheur associé au Center for International Security and Cooperation (Cisac, université Stanford, États-Unis). Ne manquant pas de nourrir largement cet entretien, Benoït Pelopidas a publié ses arguments dans un ouvrage, Repenser les choix nucléaires. La séduction de l’impossible (Sciences-Po, Les Presses, 2022), dans lequel il promeut une discussion publique autour de ce sujet classé ‘secret défense’.
L’objectif de cette équipe de recherche ? A l’instar de nos propres prétentions, vouloir éclairer élus et citoyens, les mettre en capacité de prendre leurs décisions à la lumière d’une information objective et sans être influencés par des intérêts constitués/institués.
Le travail de recherche indépendante, interdisciplinaire, à la croisée de l’histoire du nucléaire et des relations internationales, mené sur plus d’une décennie, permet de jauger les notions essentielles qui sous-tendent et sont connexes de la dissuasion, tels la prolifération, le dilemme sécuritaire, la vulnérabilité, le facteur ‘chance’…
Un travail fastidieux, qui n’est pas sans rappeler celui de Mycle Schneider dans le cadre du nucléaire civil (entretien par-là), et rendu difficile. Car les affaires nucléaires, a fortiori militaires, sont l’objet d’un niveau de secret élevé. Pire, en France depuis 2008, il a été réhaussé à un niveau sans précédent : au nom de la lutte contre la prolifération, ‘ne peuvent être consultées les archives publiques dont la communication est susceptible d’entraîner la diffusion d’information permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires, biologiques, chimiques, ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirects de destruction d’un niveau analogue’. Soit la création d’une catégorie d’archives définitivement ‘incommunicable’.
Pour compléter l’interviouve
Cet entretien est complété d’un article permettant de revenir sur l’illusion de la dissuasion nucléaire, sur quelques éléments abordés par Benoît Pelopidas, de développer les doctrines internationales et celle de la France en particulier, de prolonger les risques futurs s’ajoutant aux critiques déjà pendantes…
C’est ici : https://homonuclearus.fr/mythe-dissuasion-nucleaire-interroge
Plan de la séquence
1:07 Connaître qui critique la Dissuasion nucléaire
2:59 Quelle différence entre militantisme et travail de recherche indépendante
4:55 Quel est le principe stratégique de la dissuasion nucléaire ?
10:19 Quelle différence avec les armes bactériologiques, chimiques… ?
13:57 En quoi la dissuasion nucléaire est une fausse évidence ?
20:53 Le nombre d’accidents nucléaires évités est sous-estimé et reste un angle mort
25:32 Le facteur chance est un paramètre décisif pour ne pas subir d’explosions non désirées
30:41 Doctrines étatiques et arsenaux nucléaires en excès
36:45 Le mythe du parapluie nucléaire n’est pas pertinent et rend vulnérable
44:40 Stratégie de ‘stricte suffisance’ de la France
49:26 La dissuasion nucléaire est un échec, avec ou sans escalade
56:44 La guerre nucléaire ne doit pas restée un impensé
1:08:55 La vulnérabilité nucléaire est à portée de tir
1:10:44 Tentatives de régulation par les traités
1:14:40 Obstacles à renoncer à la dissuasion nucléaire
1:16:22 Quelles alternatives à la dissusasion nucléaire
1:20:05 Quelle moralité de cette stratégie ?
1:24:00 Comprendre l’intérêt de la recherche indépendante dans ce domaine






