La Conquête du pouvoir par les Pervers narcissiques

Le problème de l’œuf et de la poule. Est-ce le pouvoir qui pervertit ? Ou les pervers qui s’accaparent le pouvoir ? Ou s’agirait-il de nuances fluctuantes entre ces deux versions ? Et encore, conviendrait-il de distinguer entre les contextes et les personnalités concernées ? Que de configurations diverses, annihilant la possibilité d’une règle générale. Pourtant, des éléments semblent se dégager, pertinents et argumentés. Sur la base de son travail sociologique, Marc Joly a entrepris de savamment décortiquer l’exercice du pouvoir par Macron. Loin du simple crime de lèse-majesté ou de l’exercice purement iconoclaste, ses analyses mettent en lumière des biais et manipulations qui doivent intéresser tout citoyen soucieux d’une démocratie efficiente, de l’expression et du fonctionnement des institutions les plus infaillibles. Dans la droite ligne de la personnification outrancière sous la Ve République, les dérives dues au comportement pathologique des plus hauts représentants ne cessent d’interroger.

(Marc Joly, laboratoire Printemps, Université de Versailles)

Quelle mouche a piqué Marc Joly ? Quelle idée de psychologiser nos politiciens, notamment le plus illustre d’entre eux ? Loin de dépolitiser le débat, ce type d’analyse, quand elle est rigoureusement menée (c’est le cas) vaut pour ce qu’elle en vérifie l’état de la psyché d’un gouvernant, fusse-t-il celui du chef d’Etat français.

Les fonctions confiées au chef de l’Etat demandent une aptitude permanente à leur exercice. Surtout sous cette Constitution qui aura porté au paroxysme certains biais inhérents à sa confection particulière, menée sous et par De Gaulle, en un moment historique qui pouvait le justifier. A ce titre, cela ne heurte plus : il est un passage obligé et convenu que l’état de santé du Président soit scruté et fasse l’objet de suivis et communiqués plus ou moins réguliers. Entendu, la santé physique exclusivement (les épisodes mitterrandiens auront marqué les esprits, pour ne citer que cet exemple récent). L’âge élevé d’un chef d’Etat, s’il permet de faire prévaloir la sagesse de cet arbitre ‘au-dessus des partis’, n’en reste pas moins un facteur de risque surélevé pour ce qui concerne sa santé physique donc.

Alors, forcément, la quarantaine d’un Président rassure quant à sa bonne forme, souvent assénée par des communications calibrées. Eloignant l’éventualité des cas d’empêchement constitutionnellement encadrés : ceux-ci sont opérés sur la base de maladie grave, de déchéance physique importante. Soit des cas extrêmes laissés à la libre appréciation du Conseil constitutionnel (dont nous avons compris que le rôle suprême peut être critiqué et relativisé).

Mais voilà, rien n’est dit de la santé mentale hormis une maladie qui figurerait en haute place dans le DSM-5-TR et pouvant engendrer ‘démence’. Encore un cas extrême.

« Ne pas comprendre et ne pas respecter les besoins et ressentis d’autrui au même titre qu’on s’attend à ce que les siens propres soient compris et respectés constitue une ‘déviance ‘ », précise Marc Joly

Mais alors, qu’en est-il des autres formes d’altérations mentales ? Comment les considérer dans le cadre de l’organisation démocratique normée par les élections ? Que disent-elles des aveuglements du corps électoral à des types de maladie mentale qui impacteraient les institutions, manipulées, voire menacées ?

C’est toute la problématique sous-jacente du constat de Marc Joly : la pensée perverse narcissique est aux manettes du pouvoir, non sans conséquences importantes.

Pervers pépères

La notion de ‘pervers narcissique’ est un succès en librairie, devient un effet de mode voire un phénomène médiatique. Pour partie. Mais pas sans réalité. Si des abus de langage existent et falsifient les débats, Marc Joly sait devoir la considérer comme une réaction, proprement masculine, au processus d’égalisation et d’autonomisation des femmes, comme une certaine transformation de l’exercice de la violence et de la domination masculine.

L’affirmation n’est pas gratuite. Elle vient clore six ans d’enquête ayant conduit ce sociologue à prendre très au sérieux cette catégorie qu’est le pervers narcissique. Conjuguant les champs sociologiques de la violence conjugale, de la personnalité et du pouvoir, sans doute n’y avait-il pas meilleur spécialiste pour produire une telle étude personnifiée pertinente à l’endroit de Macron. En résulte l’imposant La Perversion narcissique. Étude sociologique (CNRS Éditions, 2024). Et, pour ce qui nous intéresse présentement, La Pensée perverse au pouvoir (Anamosa, 2024), livre dans lequel Marc Joly s’intéresse plus précisément à la personnalité du Président.

Cette notion de ‘psychopathologie clinique’ est le fait de Paul-Claude Racamier, psychiatre et psychanalyste. Ce mécanisme interactif place une personne sous la dépendance d’une autre, par le truchement d’attaques sournoises répétées contre son propre narcissisme. Le concept est défini en 1987 : « une organisation durable ou transitoire caractérisée par le besoin, la capacité et le plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir ».

Non-initiés aux subtilités de la discipline et pas plus abonnés aux magazines psychologisants pour lesquels la notion sert de ‘marronniers’, nous en restons cois.

Simplifions. Le pervers narcissique rapporte tout à soi, en ne se préoccupant que de soi, en confondant de manière persistante le soi et le non-soi. Il est pathologiquement incapable d’aimer les autres, de tenir compte de leurs besoins et sentiments, de considérer leur intégrité (psychique en premier lieu), de s’autoréguler en intégrant les attentes d’autrui, de témoigner de la moindre empathie.

Une telle définition pourrait correspondre à tous nos gouvernants. Aussi, une pathologisation de tout le corps politicien serait une facilité et flirterait avec une certaine paresse intellectuelle. Il nous faut vérifier auprès de Marc Joly si la pervernarcissicisation du monde politique est en cours. Et si oui, sur quelles bases cette tendance se déroule-t-elle.

S’il parait avantageux de considérer pervers narcissique une personnalité politique détestable de premier plan, non fondée l’insulte pourrait être de même ordre que les cris à l‘islamo-gauchisme’ ou ‘antisémitisme’ qui fleurissent dans le cœur des débats actuels, tactique parmi d’autres somme toute recevable. D’ailleurs, l’exercice de psychanalyse sauvage d’une figure politique est déjà menée de longue date : Macron serait aux yeux de ses opposants un forcené, un taré, un méprisant et irresponsable. Autant de qualificatifs, s’ils sont parfois jouissifs, infondés cliniquement.

L’exploration minutieuse de considérations psychiques s’avère d’un intérêt particulier, car de telles forces s’imposent aux êtres en dehors de leur conscience. Il faut donc s’y atteler. Les propriétés psychiques sont configurées par la structure sociale qui s’imposent à eux, entendu en premier lieu en dépendance de leur habitus social, notamment la structure sociale capitaliste en cours de fascisation et la haute bourgeoisie dont l’obscénité a été largement documentée.

Il en va plus profondément pour les sciences sociales. Dans le champ des sciences sociales étudiant spécifiquement les catégories de santé mentale, il est question de prêter attention aux circulations et réappropriations des catégories de santé mentale dans un espace social plus large. Également de s’intéresser à l’époque et à la société qui voient naître ces troubles, car les structures psychiques individuelles sont modelées par la structure sociale.

Via La Perversion narcissique. Étude sociologique, la thèse de Marc Joly est la suivante : pour un certain nombre de femmes confrontées à un partenaire pervers narcissique, le mode de relation et de communication leur dénie toute autonomie, à rebours de la nouvelle norme de symétrie dans le couple.

Quel rapport avec la violence morale conjugale entretient l’homme politicien ? Le pervers narcissique ne dépend jamais d’un objet, ne se sent jamais inférieur, il est un prédateur à qui rien n’échappe et à qui tout est dû, ne subit aucun remord, prend tout à tous, ne doit rien à personne. La société française pourrait être victime de la violence morale de Macron.

Au sortir de son livre et de cette interviouve, il nous est loisible de mieux cerner en quoi une telle forme de pathologie psychiatrique peut être étiquetée sur le costume taillé sur mesure de Macron. Et en quoi elle devrait être considérée dans le cadre de la fonction…

La psychologie expliquée à nos élus

Le pouvoir n’est pas un exercice anodin et la position pyramidale depuis laquelle il se dresse ne laisserait insensible quiconque à ses biais et déviances. Le pouvoir s’accompagne d’une longue liste d’effets secondaires connus : enivrement, corruption, aimantation sexuelle…

Aussi, le pouvoir provoque des lésions cérébrales, fait perdre des capacités mentales. Dacher Keltner, professeur de psychologie à l’Université de Californie à Berkeley, a constaté au cours d’études menées sur deux décennies que les sujets sous l’influence du pouvoir agissaient comme s’ils avaient subi un traumatisme crânien : ils devenaient plus impulsifs, moins conscients des risques et, surtout, moins aptes à voir les choses du point de vue d’autrui. Sukhvinder Obhi, neuroscientifique à l’Université McMaster, a récemment décrit un phénomène similaire : le pouvoir altère en réalité un processus neuronal spécifique, la ‘réflexion’, qui pourrait être la pierre angulaire de l’empathie, ce que Obhi nomme le ‘paradoxe du pouvoir’. Aussi, la tendance à imiter les expressions et le langage corporel de leurs supérieurs peut aggraver ce problème.  Les personnes puissantes « arrêtent de simuler l’expérience des autres », ce qui entraîne ce qu’il appelle un « déficit d’empathie ».

Mais quelques effets sont difficilement décelables dans le cadre de protocoles médicaux standardisés. A ce titre, l’évaluation psychologique de nos dirigeants politiques (et des grands patrons ?) n’est pas rendue plus opérante qu’elle n’est envisagée par nos textes.

Alors, en réponse à ce vide, la psychologisation de nos dirigeants n’a jamais été évitée. Sarkozy était un personnage décrit ‘insensé, vulgaire, agité, immature’, autant de traits qui interrogent encore son accession au pouvoir suprême, moins sa chute vertigineuse… Depuis, Macron apporte toute latitude à questionner sa santé mentale cependant que la crise organique théorisée par Gramsci couvait et croit dorénavant plus hâtivement que jamais.

« Par définition, quelles que soient la nature et la consistance de leurs convictions, les responsables politiques de haut vol sont des personnalités plus ou moins calculatrices, instrumentales, adeptes du rapport de force, méfiantes, menteuses (par omission dans le meilleur des cas), concentrées sur elles-mêmes ou autocentrées (pas nécessairement narcissiques) ; la ‘trahison’ des illusions ou des personnes est une sorte d’invariant de la vie politique. Si le cas Macron se distingue tant, il ne faut pas chercher d’autres raisons que celles qui imposent de repenser la violence masculine en couple : aussi sûrement que le fantasme d’une domination souveraine mène tout droit au dénigrement systématique et à la destruction, dès lors que la séduction et la manipulation cessent d’opérer », précise Marc Joly

Tout cela semblera à certains lecteurs bien trop probant pour être vraiment probe. Trop explicite pour être honnête. Nous leur conseillons vivement de lire le livre afin de constater la rigueur avec laquelle les arguments sont développés, l’intelligente articulation des faits permettant de conclure à la perversion narcissique de Macron.

Compte tenu des conditions sociales et politiques actuelles, la structure psychopathologique de Macron n’est pas un élément d’ornementation brandi par ses opposants mais revêt un caractère d’analyse obligeamment urgent : il est une personnalité au vide intérieur inquiétant et à la totale étrangeté au réel, comme en témoigne un rapport aux mots et au langage complètement désarticulé, réel et parole devenant complètement indistincts, si bien qu’il devient possible de dire tout et son contraire, mais hors de tout mensonge car un mensonge suppose par définition un certain savoir de la vérité. Il use de ‘non-pensée’, abuse de verbiages.

« Aucune créativité ne peut être de mise dans et pour la pensée perverse : elle est précisément faite pour la détruire. Au plus banal, la pensée perverse, c’est l’esprit faux, le verbiage, la désinformation et l’exercice de la terreur. Au plus profond, elle excelle dans la transmission de non-pensée », avance Paul-Claude Racamier

Le capitalisme néolibéral a répandu la perversion et organisé le règne des pervers dans les hauts étages, via son management parfois jusqu’à une cruauté acméique. Les traits caractéristiques, notamment de Macron, sont le déni de l’altérité d’autrui et la jouissance à jeter autrui dans des états de détresse. Et les derniers épisodes politiciens de signer sans doute un paroxysme à la hauteur de la ‘folie’ qui habite le Président Macron (utilisons le mot ‘folie’ comme un exutoire, en considérant avec respect ce qu’il englobe de faussement pertinent sémantiquement) : il faudra encore méditer les épisodes redondants, autant de conséquences partant de la sphère financière, ébranlant la sphère productive, dévastant le monde social et aboutissant sans cesse aux désastres politiques, jusqu’à abraser les os de la démocratie déliquescente et agonisante.

Nous entrons au sein de ce vortex.

Sans victimiser ce Président, il faut finalement également envisager la force réduite à son inanité propre dans laquelle tourbillonne ce pantomime de Jupiter : comme le dit Frédéric Lordon, Macron serait victime de sa psyché et n’est maître en rien, même pas des horloges. Par contre, la combinaison des structures institutionnelles actuelles, celles de la Vè République étiolée, et des structures psychiques de Macron, donne un résultat foudroyant et tendanciellement dangereux. Les jocrisses et autres courtisans n’en trouvent guère à redire, tant que la gourmande obséquiosité est récompensée de postes et de portefeuilles, certains parmi eux se rêvant d’ailleurs sans doute calife mais pas encore assez pervers narcissique pour une telle apothéose politicienne.

« Le propre de la perversion est de mixer les temps, d’annuler les processus qui relient les êtres et les temporalités, afin de tout faire éclater et de tout reconstruire autour de soi, et pour soi », complète Marc Joly

Auteur du saccage, producteur de chaos, dont les causes extrême-centrales sont maintenant comprises, toute espérance en une relative conscience l’invitant à une démission salutaire est définitivement vaine. Tout continuera à advenir, le pire sans doute, et se détériorer pendant ce laps de temps. Macron est un obstacle à la vie démocratique et aux équilibres institutionnels vitaux. Par sa pulsion de destruction, de transgression, de disruption, le macronisme est une nouvelle version du nihilisme, pour paraphraser Emmanuel Todd.

 

Mise à jour (mai 2026) :

Nous en avons presque fini avec le décennat de Macron. Pas le double quinquennat, mais bien cette longue ère politicienne, marquante de stigmates et cicatrices. Qu’il va falloir soigner d’onguents et panser méticuleusement.

Nous avions quitté Marc Joly sur un constat amer, celui d’être gouverné par un individu pathologiquement dangereux pour les institutions, pour le droit, pour la démocratie représentative. Toutes choses égales par ailleurs puisque d’autres présidents souffrent de bien d’autres troubles cliniques profonds.

Bien a pris cet auteur car il fallait un deuxième opus pour se rendre à l’évidence : les symptômes sont plus prégnants et l’étendue des manipulations en cours sont d’autant plus alarmantes que le ‘déni pervers’ domine dans les classes dirigeantes, le cas Macron se révélant être un exemple particulièrement éloquent mais non exceptionnel. A ce titre, le déni démocratique flagrant depuis juillet 2024 n’est pas des moindres exemples. Mais, il en est plus encore.

(source)

Cette nouvelle chronique sociologique, pas moins dense que la première, valait bien d’être écrite à quatre mains pour circonscrire complètement l’étendue du désastre social et politique, ce trauma à l’échelle de la nation. Le sociologue Marc Joly est épaulé dans cette sacerdotale tâche par le compétent journaliste de Christian Savestre, spécialiste pour la chose fiscale.

Le déni pervers qui œuvre depuis près de dix ans opère une savante opération de dissimulation de ses travers sous une couche de lucidité et de pragmatisme. Le cœur de l’ouvrage et sa grande révélation est de faire démonstration de la primauté des activités de banquier d’affaires ayant favorisé l’accomplissement paroxystique de biais psychologiques latents, à peine enfouis. Devenant valeur essentielle pour gouverner avec largesses et impunités.

« On peut, en effet, dire généralement des hommes qu’ils sont ingrats, inconstants, dissimulés, tremblants devant les dangers et avides de gain. […] Jamais les hommes ne font le bien par nécessité », tiré de l’œuvre de Machiavel

Un théorie philosophique dite ‘réaliste’ aura construit jusqu’aux pensées managériales. Pour ce qui concerne celles du pouvoir, nous l’avons dit plus haut, il faut se référer à Dacher Keltner, spécialiste incontesté en matière de machiavélisme appliqué. Dès le début des années 1990, il fit deux constats : presque tout le monde pensait que Machiavel avait raison, et il n’y avait presque pas de recherches scientifiques sur cette théorie.

Sauf que ceux qui exercent le pouvoir dans les derniers étages supérieurs de la pyramide sont atteints de ‘sociopathie acquise’, une forme non héréditaire du trouble de la personnalité antisociale. Ils recherchent des postes à responsabilité non pas pour exercer une influence sur autrui, mais pour satisfaire leur besoin de contrôle personnel. Ils présentent des tendances à une plus forte impulsivité, à un égoïsme surélevé, à une arrogance extrême, une ample grossièreté, et bien entendu à un narcissisme exacerbé.

Pourtant, nous faisons place à ces personnes néfastes et toxiques. Pire, nous leur cédons un pouvoir selon une tendance nourrie des mêmes mythes et récits. Cette propension à céder et laisser en toute conscience le pouvoir à un dictateur ou un pervers narcissique pathologique est définie dans la ‘loi d’airain de l’oligarchie’.

La référence à Machiavel, dont l’œuvre la plus influente de l’histoire de l’occident conforte la psychologie des puissants, ne suffit pourtant plus à expliquer ce qui s’impose à nous, ce qui dépasse nos entendements. Il ne s’agit plus simplement du pouvoir saisit par qui le veut, en faisant abstraction de toutes scrupules, de tous principes et toute morale, l’adage voulant que la fin justifierait les moyens. 

L’enquête approfondie concernant les revenus professionnels et mobiliers de Macron, banquier d’affaires à Rothschild et Cie, banque aux dizaines de filiales immatriculées dans des paradis fiscaux, est une révélation argumentée des faux-semblants, des opacités criantes, des incohérences publiques, des conflits d’intérêts notoires (fusions et acquisitions des branche Énergie d’Alstom, chez Lafarge, Alcatel, STX-chantiers navals, Technip, Safran Identity…), qui auront nourri sa perversité, favorisé l’usage tous azimuts de ses dénis et fait prospérer son hégémonie politicienne.

« Cette réaction vise une sociopathologie structurellement masculine qui, sur les plans du mode de pensée, des défenses psychiques et de l’organisation des relations, est commandée par le déni : déni de la moindre faille interne, déni de l’autre comme égal. Il y va d’une forme clinique cohérente, genrée, qui catalyse en quelque sorte l’ensemble des diagnostics que les ‘psys’ sont à même de poser, relativement, pour ce qui concerne leurs pratiques, à toute une série de troubles de la régulation des émotions suscitées par l’objet et la représentation de l’objet, le réel et la représentation du réel, etc. », extrait du livre En finir avec le déni

Ces deux productions sont indispensables à la compréhension de la transformation des formes démocratiques en cours. Inhérente, la question centrale perdure : pourquoi ce type d’individus est privilégié lors des élections ? Pourquoi donc arrive-t-il avec succès aux hauts postes ?

Le pervers narcissique fait peser sur autrui, sur la population entière dans le cas d’un président malade de cette pathologie, réduits à ‘l’état d’objet-non-objet’, le coût de cette relation cependant que le pervers fait prévaloir ses désirs, ses volontés, son confort psychique. Le déni pervers quant à lui repousse les limites des simples dénis grossiers, des mépris pour la connaissance, des manipulations des faits et de l’avènement de la post-vérité. Il est une violence morale extrême, un système de domination qui cache ses armes psychologiques sous des dehors de respectabilité, de compétences d’apparence infaillible.

L’imposture est totale, le rôle interprété sur mesure pour ce pervers narcissique. Le Mozart de la finance est un Mozart de l’opacité et aura poussé son vice jusqu’à faire de ses dénis une marque de gouvernance pérenne.

Surpassant la simple règle implicite des ‘3L’ dévolue aux puissants (‘lécher, lâcher et lyncher’), celle qui alimente la vie des commentateurs médiatiques et autres toutologues de salon, ce livre éclaire l’action publique d’une lumière sèche et affolante. Doit pousser chacun d’entre nous à l’exigence de comptes à rendre par les dirigeants devant tous. Sauf que Macron, tout à sa déviance sociopathologique et ses conséquences, assiste satisfait à l’anéantissement de la République qu’il s’apprête à céder contraint et forcé, aucun des objets ayant servi à ses plaisirs ne devant lui survivre. Après lui, l’organisation volontaire du chaos.

« Le macronisme n’aura été qu’une rationalisation, la plus pernicieuse proposée dans l’histoire de la Ve République, du rejet de l’alternance démocratique qui soude une caste politico-administrative et médiatique dévouée aux intérêts du capital privé », d’après Marc Joly

Porté par une stratégie éculée, Macron n’est pas un homme providentiel, celui que la personnification galopante de la vie politique sous la Vè aura permis de faire élire ; il est l’archétype d’une caste toxique, il est un misérable et médiocre élu parmi d’autres prétendants de même acabit. Ces derniers privilégient l’usage de la parole au seul service de la mise en valeur de soi, vampirisent les ressources publiques, s’accaparent les systèmes opaques de captation de la valeur.

Ce qui ne doit pas nous rassurer. Ces nouvelles pratiques des responsabilités et des paroles publiques marquent la vie démocratique, ayant pour conséquence ‘la dégradation de ses conditions d’existence, sa destruction et son autodestruction’. Dans le même temps d’une compréhension de la mainmise de la bourgeoisie sur les institutions, de la fascisation en cours et du concours autocratique extra-efficient des IAg, oui, tout porte à croire que nous n’en avons pas fini avec ce qu’y a été semé durant le décennat Macron…

(fin de l’actualisation)

 

Lurinas

 

Lectures

La pensée perverse au pouvoir, de Marc Joly (éd. Anamosa)

En finir avec le déni, de Marc Joly et Christian Salvestre (éd. Anamosa)

Les irresponsables, de Johann Chapoutot (éd. Gallimard)